11 quai Branly, Paris 7e
Un palais pour des chevaux ? L'appellation même du Palais de l'Alma, situé au 11 quai Branly, trahit d'emblée une certaine emphase impériale, caractéristique du Second Empire. Érigé à partir de 1861 sous l'impulsion de Napoléon III, cet édifice fut conçu, dans sa plus humble et néanmoins grandiose vocation, pour abriter les écuries de la Maison de l'Empereur. Une telle affectation, masquée par un titre si noble, prête déjà à la réflexion sur la dialectique entre la fonction et la représentation dans l'architecture officielle. L'exigence impériale était sans équivoque : des chevaux disponibles à toute heure, une armada équestre et son personnel – près de 130 âmes – nécessitant un ordonnancement rigoureux et une volumétrie conséquente. Le chantier, d'une ampleur notable, fut l'œuvre de plusieurs mains, un phénomène courant pour les vastes entreprises impériales. Jacques-Martin Tétaz en posa les premières pierres, avant que Frémont et Joly ne poursuivent, pour être finalement achevé par Hector-Martin Lefuel, architecte éminent et familier des grands projets du règne, à qui l'on doit notamment des parties majeures du Louvre. Cette succession d'intervenants n'a pourtant pas altéré la cohérence de l'ensemble, bâti selon un plan quadrangulaire vaste et organisé, structuré autour d'une cour-jardin centrale et de plusieurs cours annexes. L'architecture, dans sa sobre monumentalité, reflète sans doute la nature utilitaire initiale : des façades sur quai, probablement en pierre de taille, d'un classicisme robuste mais dénué d'ornementations superflues, masquant une organisation intérieure entièrement dévouée à l'efficacité des écuries – 300 chevaux, infirmerie, remises, selleries, forge, manège. Le plein et le vide s'y répondent avec une logique fonctionnelle, les corps de bâtiment enfermant les activités tandis que les cours distribuent les accès et la lumière. Au fil des décennies, le Palais de l'Alma, cet ancien temple équestre, connut des métamorphoses d'usage, signe d'une adaptabilité structurelle. De l'École d'état-major supérieure de la guerre au Bureau de la météorologie, il devint progressivement une dépendance de la Présidence de la République. Le classement au titre des monuments historiques en 2002 consacra enfin sa valeur patrimoniale, bien au-delà de sa fonction première. Aujourd'hui, il abrite divers services présidentiels et, fait plus singulier, une soixantaine d'appartements de fonction. C'est précisément cette dimension résidentielle qui a donné lieu aux épisodes les plus pittoresques et les plus commentés, révélant la face domestique et parfois discrète des arcanes du pouvoir. Le Palais fut ainsi le refuge discret, quoique sécurisé, d'Anne Pingeot et de sa fille Mazarine durant la présidence de François Mitterrand, un appartement de 300 m² abritant un secret d'État. Plus récemment, l'attribution d'un logement à Alexandre Benalla, adjoint au chef de cabinet d'Emmanuel Macron, fit les gros titres, illustrant les usages, parfois contestables, de ces privilèges de fonction. La Cour des comptes, par ses recommandations de 2014, a depuis lors contraint à une régularisation de ces situations, instaurant redevances et règles strictes pour pallier les abus passés. Le Palais de l'Alma, d'abord simple écurie impériale, se révèle in fine un édifice pragmatique et polyvalent, muet témoin des grandeurs et des petites histoires de la République.