7 rue des Trois-Écritoires, Tours
L'hôtel Cottereau, niché au cœur du Vieux-Tours, au 7 rue des Trois-Écritoires, n'est pas de ceux qui s'imposent par un éclat ostentatoire, mais plutôt par la profondeur d'une histoire stratifiée. Édifié au XVe siècle, il fut le berceau d'une famille Cottereau qui marqua la ville de son empreinte, fournissant plusieurs de ses maires. Cette demeure, initialement pensée dans le goût de son temps, témoigne des transformations architecturales de la fin du Moyen Âge, où la fonction résidentielle s'affirme avec une certaine noblesse. C'est sous l'impulsion de Guillaume Cottereau, écuyer et seigneur, ministre de François Ier, qu'il connut une réinterprétation significative. Cette intervention, vraisemblablement au faîte de l'influence royale sur l'architecture tourangelle, a introduit des raffinements de la première Renaissance : des percements plus réguliers, des encadrements de fenêtres repensés, voire des ornements sculptés venant superposer une nouvelle grammaire stylistique à la robuste ossature médiévale. Ces ajouts, souvent discrets, modifient le rapport entre les pleins et les vides de la façade, conférant une légèreté nouvelle à la pierre de tuffeau locale. L'hypothèse d'un buste représentant Claude Cottereau, chanoine et protégé du Cardinal du Bellay, ajoute une dimension culturelle à l'édifice. Ces éléments de portraiture, souvent logés dans des niches ou au-dessus de portes, sont des marqueurs d'identité et de prestige de l'époque, suggérant une attention aux arts et aux lettres au-delà de la seule fonction politique ou résidentielle. Ils incarnent une volonté de laisser une trace individualisée au sein d'un patrimoine familial. Après le déclin de la lignée directe, l'hôtel changea de mains. Son acquisition en 1730 par Pierre Petit-Jean, directeur de la Monnaie de Tours, puis son passage à Michel Gilles en 1757, témoigne de la capacité de ces demeures patriciennes à s'adapter aux mutations sociales et aux fortunes diverses. Il passa ainsi de l'aristocratie de robe à la bourgeoisie d'affaires, sans pour autant altérer fondamentalement sa structure ou sa présence urbaine. L'édifice devint un réceptacle des ambitions d'une nouvelle élite, valorisant moins l'ostentation du détail que la permanence de l'emplacement et la solidité de la pierre. Son inscription au titre des monuments historiques en 1926 n'est qu'une reconnaissance tardive de sa discrète, mais indéniable, contribution au patrimoine urbain. L'Hôtel Cottereau est un exemple éloquent de ces architectures de transition, où le passé gothique sert de fondation à des aspirations nouvelles, un testament en pierre des évolutions stylistiques et sociales qui ont façonné la Touraine.