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Couvent des Dominicains

Couvent des Dominicains

7 avenue Salomon, Lille

L'Envolée de l'Architecte

L'édifice lillois connu sous le nom de Couvent des Dominicains, ou de Saint-Thomas-d’Aquin, s'impose par une certaine robustesse de son expression, caractéristique de l'architecture du milieu du XXe siècle. Conçu par le trio Pierre Pinsard, Neil Hutchison et Hugo Vollmar, il fut achevé en 1964, après une gestation de près d'une décennie. Sa reconnaissance tardive, par l'attribution du label Patrimoine du XXe siècle en 1999, puis son inscription aux Monuments historiques, signale une appréciation progressive de ses qualités intrinsèques. Le site, riche d'une histoire dominicaine millénaire et mouvementée à Lille, a connu maintes destructions et reconstructions, culminant dans ce projet des années 50. Après l'expulsion de 1905 et une période d'itinérance, le Père Michel Bous fut l'artisan de cette nouvelle implantation. L'esthétique générale rappelle les fabriques industrielles locales, un choix qui n'est pas sans pertinence dans le contexte économique d'après-guerre et la tradition constructive régionale. L'emploi massif de la brique, parfois travaillée avec des briques à six trous emplies de mortier pour des motifs singuliers, contraste avec la visibilité assumée des structures porteuses en béton et les cloisons de brique. Les planchers, quant à eux, reposent sur de discrètes voûtes surbaissées, offrant une ingéniosité technique souvent oubliée. L'agencement s'articule autour d'un cloître atypique, ouvert sur un côté, ménageant un dialogue constant avec le jardin environnant de deux hectares, vestige d'une ancienne propriété bourgeoise. Les quatre entités principales, l'église, le réfectoire, le bâtiment d'habitation et l'hôtellerie, sont connectées par des galeries vitrées, permettant ainsi une perméabilité maîtrisée entre l'intérieur et l'extérieur, et délimitant six patios qui fragmentent l'espace. L'église, parallélépipédique et rehaussée d'un campanile, présente un intérieur où la lumière joue un rôle central. Le maître-verrier Gérard Lardeur y a conçu un bandeau de vitraux courant sous un velum de béton, ainsi qu'une série d'oculi rectangulaires. L'espace est scandé par deux groupes de dix colonnes soutenant un voile de béton à double courbure, une forme qui évoque, dit-on, la tente de l'Évangile de Saint Jean, une métaphore pour l'incarnation. Le réfectoire, par ses hautes élévations et son toit bombé, fait écho à l'église, insistant sur l'égale importance de la prière et du partage de la table dans la vie communautaire, une chaire en béton y étant même intégrée. Le bâtiment d'habitation, sur quatre niveaux, comprend quarante cellules orientées vers le jardin, au-dessus de l'atrium, de la salle commune et de la bibliothèque. L'hôtellerie, plus sobrement rectiligne, assure la fonction d'accueil. L'ancien noviciat, transformé aujourd'hui en foyer pour étudiants, témoigne de l'évolution des usages et de l'adaptation du bâti. Cette flexibilité, presque prémonitoire, est un signe de la pertinence de l'architecture. Le couvent, au-delà de sa fonction religieuse, s'est ouvert à la culture avec des concerts de musique sacrée et classique, et même à l'ère numérique avec ses retraites en ligne, démontrant une capacité d'adaptation qui transcende son enveloppe de béton et de brique. Ce monument, bien que discret, affirme une identité architecturale résolument ancrée dans son temps et sa région.