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Hôtel de ville

Hôtel de ville

Place Roger-Salengro Place Augustin-Laurent Rue du Réduit Rue Saint-Sauveur, Lille

L'Envolée de l'Architecte

L'Hôtel de Ville de Lille, tel que nous le contemplons aujourd'hui, est moins le fruit d'une filiation directe que celui d'une rupture, imposée par les flammes de 1916. Sa genèse ne s'inscrit pas dans une continuité urbaine, mais dans un acte politique délibéré de la municipalité socialiste d'après-guerre, désireuse d'ériger un symbole de renouveau, loin des vestiges du palais Rihour. Le choix audacieux d'un site excentré, dans le quartier Saint-Sauveur alors dominé par l'habitat industriel, témoignait d'une ambition de requalification urbaine, envisagée par l'architecte Émile Dubuisson dans un vaste plan d'inspiration haussmannienne, hélas largement inachevé en raison de l'épuisement rapide des fonds de réparation de guerre. L'édifice est un manifeste de ce qu'il est convenu d'appeler l'Art déco régionaliste, une expression stylistique particulière à l'entre-deux-guerres dans le Nord de la France. Il conjugue habilement la brique, la pierre de Béthisy et la céramique vernissée, offrant une façade polychrome où les ouvertures à meneaux et les pignons triangulaires, ornés d'épis, évoquent une filiation avec l'architecture néo-flamande, tandis que la rigueur géométrique et le vocabulaire décoratif s'ancrent résolument dans l'esthétique Art déco. Son beffroi, une adjonction décidée sous le mandat de Roger Salengro, représente une prouesse technique notable pour l'époque : il fut le premier édifice en béton armé de plus de cent mètres de hauteur en France. Son allure, loin de l'historicisme pur, s'inspire curieusement de la forme d'une travée lilloise, un élément vernaculaire, et des références plus récentes de la Chambre de commerce. À sa base, les statues monumentales de Lydéric et Phinaert, fondateurs légendaires de la cité, furent sculptées à mains nues par Carlo Sarrabezolles directement dans le béton frais, une œuvre d'une matérialité étonnante. L'intérieur déploie une galerie, souvent surnommée la rue municipale, qui s'étire sur 143 mètres. Divisée en trois nefs par quarante-deux piliers, ses chapiteaux en béton arborent des motifs floraux délicatement moulés dans l'aluminium, tandis que leurs bases sont habillées de marbre et de fer forgé. Cette composition ordonnancée articule l'accès aux services administratifs répartis dans quatre bâtiments transversaux, rythmés par trois halls aux plafonds ajourés. Le hall central abrite la salle du conseil, cœur cérémoniel de la vie municipale. Deux escaliers d'honneur mènent à l'étage noble, où se trouve notamment la salle des mariages et le bureau de Roger Salengro. Ce dernier, en un poignant hommage à la figure de l'ancien maire, est resté inoccupé depuis sa tragique disparition en 1936, les édiles successifs préférant occuper le bureau de l'adjoint. Partout, le lys stylisé du blason lillois, un motif récurrent de l'architecture municipale de l'époque, marque l'espace, du mobilier aux éléments architecturaux. L'ambition originelle, qui prévoyait une troisième aile dédiée aux réceptions, dotée d'une salle des fêtes et d'un salon d'honneur, ne fut jamais concrétisée, laissant l'ensemble incomplet jusqu'à l'ajout d'une dernière aile plus moderne dans les années 1990, venant clore un quadrilatère par ailleurs ouvert sur l'histoire et les compromis de sa construction.