16 boulevard Montmartre, Paris 9e
L'Hôtel de Mercy-Argenteau, sis sur le boulevard Montmartre, offre un cas d'étude particulièrement éloquent des mutations de l'architecture résidentielle parisienne. Érigé en 1778 par Firmin Perlin pour le banquier Jean-Joseph de Laborde, cet hôtel particulier fut aussitôt cédé au comte de Mercy-Argenteau, ambassadeur impérial, inaugurant ainsi une existence jalonnée de transformations pragmatiques. Il comptait parmi les premières implantations de prestige sur ce nouveau boulevard, une élégance discrète mais résolue, caractéristique du classicisme finissant du XVIIIe siècle. Initialement, l'édifice se concevait sur deux niveaux, s'articulant autour d'un vestibule monumental et d'un escalier d'honneur, couronné d'un lanterneau, menant à un bel étage où subsiste aujourd'hui un salon Louis XVI orné de colonnes corinthiennes. Cette disposition, typique d'une demeure aristocratique, fut néanmoins altérée de manière significative. La Révolution le dépouilla de ses jardins et communs, marquant une première amputation de son intégrité. Le coup de force architectural survint sous la Restauration, entre 1827 et 1829. L'hôtel, déjà augmenté d'ailes en retour, fut alors surélevé de trois étages, transmuant la noble résidence en un immeuble de rapport de six niveaux. Cette opération, dictée par la spéculation immobilière croissante à Paris, eut le mérite d'une certaine ingéniosité. Pour préserver l'enfilade des salons du premier étage, alors dévolus à un cercle mondain, le Grand Cercle, la distribution des étages supérieurs fut résolue par deux escaliers discrètement logés aux extrémités de la parcelle. Ceux-ci desservaient des coursives éclairées zénithalement par des puits de lumière, créant une typologie d'appartements variée et dérogeant à la symétrie habituelle. C'est là que réside une certaine prouesse technique et une concession habile aux impératifs financiers, mariant la conservation des fastes d'antan à la rentabilité moderne. Plus tard, en 1890, une vaste salle des fêtes fut aménagée au-dessus de la cour. Si les plans portent la signature de l'architecte Fernoux, l'empreinte esthétique et la monumentalité de l'intervention suggèrent une influence, voire une paternité conceptuelle, de Charles Garnier, dont le faste éclectique était alors au zénith. Cette adjonction ajoute une couche de grandiloquence fin de siècle à une façade de onze travées, dont l'avant-corps central en léger ressaut peine à masquer la stratification des époques. L'hôtel a connu une succession de résidents notables, des compositeurs Boieldieu et Rossini aux ingénieurs de Mozilla, incarnations successives d'une élite bourgeoise ou technocratique. Cette capacité d'adaptation, bien que souvent aux dépens de son intégrité originelle – comme en témoigne sa « restructuration » de 2009-2012 qui vit la démolition partielle de planchers et la création d'une nouvelle façade au rez-de-chaussée sur le boulevard – n'est pas sans ironie. L'inscription partielle aux monuments historiques, datant de 1958, traduit sans doute une reconnaissance tardive et mesurée de ce qui subsiste de son passé glorieux, un compromis entre l'histoire et les incessantes exigences de la modernité. Il est d'ailleurs piquant de constater que ce lieu, dont la noblesse fut si souvent remaniée par les impératifs du lucre, abrite aujourd'hui les expositions temporaires de l'École des arts joaillers de Van Cleef and Arpels, un commerce où l'apparence et le faste jouent un rôle prépondérant, un écho lointain aux ambitions de ses premiers propriétaires.