1-2, montee Nicolas-de-Lange, 5e arrondissement, Lyon
L'édification de l'aqueduc du Gier, une entreprise monumentale destinée à pourvoir en eau l'antique Lugdunum, reste un sujet d'une certaine controverse historique. La chronologie de sa construction, disputée entre les règnes d'Auguste, Claude et Hadrien, fut récemment précisée par la dendrochronologie, situant l'ouvrage majeur sous Trajan, même si son achèvement put s'étirer jusqu'à l'époque hadrianique. Un parcours de quatre-vingt-six kilomètres témoigne d'une maîtrise technique rare, dénuée de tout faste inutile mais d'une efficacité redoutable. Ce système, l'un des plus étendus de son genre, déploie une ingéniosité particulière dans la gestion des reliefs, notamment par ses quatre siphons, chacun précédé d'un réservoir de chasse et conclu par un réservoir de fuite, des éléments cruciaux pour la régulation des pressions. Le siphon de l'Yzeron, par exemple, illustre cette prouesse à Sainte-Foy-lès-Lyon. Son réservoir de chasse est le point de départ d'une dénivellation de cent quarante mètres sur près de trois kilomètres, où le flux était canalisé par un faisceau de douze tuyaux de plomb, un tour de force que le bâti et les rampants subsistants nous permettent encore d'appréhender. Ces conduites, d'un diamètre de vingt-sept centimètres, devaient endurer une pression considérable, de l'ordre de treize bars, témoignant de l'audace des ingénieurs romains. L'architecture de ces infrastructures, bien que dictée par la fonction, révèle des attentions au parement, comme en témoignent les soixante-douze arches du Plat de l'Air à Chaponost. Là, l'opus reticulatum, cette maçonnerie de petits moellons disposés en réseau, alterne avec des arases de briques, conférant à l'ensemble une esthétique rigoureuse. L'intérieur de la conduite, enduit d'un mortier étanche au tuileau, l'opus signinum, arbore encore une teinte rosée. Si l'ouvrage impressionne par sa longueur et la variété de ses solutions techniques – des tunnels contournant les massifs aux ponts-canaux enjambant les vallées – il n'est pas sans quelques bizarreries. Le doublement du siphon de la Durèze par un canal ordinaire, ajoutant dix kilomètres au tracé, suggère peut-être un aléa de fonctionnement initial ou une précaution excessive. Longtemps étudié par les antiquaires, puis par des érudits tels que Guillaume Marie Delorme et Paul de Gasparin, c'est la thèse de Germain de Montauzan en mille neuf cent huit qui posa les bases de notre compréhension moderne. Les travaux de restauration contemporains, comme ceux menés à Chaponost en deux mille dix, cherchent à restituer l'intégrité de ces vestiges, bien que la préservation des sections déplacées, à l'instar de celle de Chaponost, rencontre parfois des défis. Ces vestiges, balisés par des bornes comme la Pierre de Chagnon, qui délimitaient jadis une zone de protection interdisant tout labour ou plantation, continuent de nous conter l'ambition et la science d'une civilisation lointaine.