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Hôtel de ville

Hôtel de ville

26, avenue André-Morizet, Boulogne-Billancourt

L'Envolée de l'Architecte

L'Hôtel de Ville de Boulogne-Billancourt, loin des fasteurs historicistes, se présente comme une manifestation épurée d'une ambition civique nouvelle, celle d'une « usine municipale ». Cette vision, portée par le maire André Morizet et confiée à l'architecte Tony Garnier – théoricien influent de la Cité Industrielle –, trahit une volonté de fonctionnalisme exacerbé, où la machine administrative dicte sa forme. Réalisé entre 1931 et 1934, l'édifice se matérialise en deux blocs distincts en béton armé, juxtaposés avec une rigueur géométrique qui sied à l'esprit Art Déco de l'époque, courant privilégié par cette commune alors en plein essor. Un volume abrite les fonctions représentatives, l'autre la machinerie administrative. C'est dans ce dernier que se révèle l'ingéniosité spatiale : un hall intérieur de trois niveaux, désigné comme le « hall des guichets », orchestré autour d'une distribution circulaire. Les verrières zénithales inondent cet espace de lumière naturelle, tandis que des galeries suspendues optimisent les flux et minimisent les parcours superflus, une démonstration éloquente de la rationalisation des services publics. Ce parti pris architectural, évitant les couloirs interminables, tend à humaniser, ou du moins à clarifier, l'interaction citoyen-administration. L'intervention de Jean Prouvé, dont les ateliers ont façonné les rampes, cloisons et la porte d'entrée, confère à l'ensemble une précision constructive et une esthétique industrielle singulière. Ses réalisations en métal, empreintes d'une ingénierie avant-gardiste, apportent une fine tension entre la masse du béton et la légèreté des structures filigranes. L'absence de Tony Garnier sur le chantier, la direction étant assurée par Jacques Debat-Ponsan, soulève la question de la pureté de la vision initiale face aux contingences de l'exécution. Reste un témoignage éloquent de la modernité des années 1930, où l'efficience et la clarté formelle prévalaient. Inscrit aux monuments historiques en 1975, cet Hôtel de Ville est moins un monument au pouvoir qu'un manifeste silencieux pour la fluidité du service public, une architecture dénuée de tout lyrisme inutile, mais d'une efficacité incontestable.