49-51-53-55-57 Canebière Rue des Récollettes Rue Vincent-Scotto, Marseille
L'Hôtel du Louvre et de la Paix, édifié par Jean-Charles Pot et inauguré en 1863 sur la vibrante Canebière marseillaise, incarne la prospérité conquérante du Second Empire. Sa façade, de facture assez orthodoxe pour l'époque, se pare d'une ornementation dont le symbolisme, aujourd'hui quelque peu désuet, était alors censé refléter l'ouverture au monde de la cité phocéenne. Hippolyte Ferrat y a sculpté quatre caryatides, singulières représentations des continents : un poisson ailé pour l'Europe, un éléphant pour l'Asie, un dromadaire pour l'Afrique, et un sphinx pour l'Amérique. Ces figures, d'une fantaisie un peu lourde, encadrent une composition où le commerce et la navigation se disputent l'attention autour d'une horloge de fronton. L'ensemble, plutôt qu'une pure élégance, visait une certaine opulence, un faste de circonstance propre à séduire une clientèle cosmopolite. À l'intérieur, sur six étages et quelque quatorze mille mètres carrés, l'établissement déployait un luxe résolument moderne pour son temps. Il fut l'un des premiers à intégrer des ascenseurs hydrauliques, des téléphones et l'éclairage électrique, autant de prouesses techniques qui attestaient de son statut d'hôtel de grand standing. C'est d'ailleurs dans ses murs que fut projeté, le 28 février 1896, l'illustre film « L'Arrivée d'un train à La Ciotat » des frères Lumière, un événement qui ancre l'édifice dans l'histoire des débuts du cinéma, bien au-delà de sa seule fonction hôtelière. Conçu avec cent cinquante chambres, puis rapidement porté à deux cent cinquante, et doté d'une vingtaine de salons ainsi que de deux restaurants sous la houlette d'Apollon Caillat, le Grand Hôtel était un véritable paquebot urbain. Il fut le théâtre de maintes réceptions et même, pour l'anecdote, du mariage de Nancy Wake, figure emblématique de la Résistance, en 1939. Son appellation secondaire, Hôtel de la Marine, lui vient de sa réquisition successive par la Marine Nationale et la Kriegsmarine durant la Seconde Guerre mondiale, marquant une parenthèse martiale dans son existence fastueuse. Le destin du bâtiment, après cette période, l'a vu se transformer. De nos jours, ce qui fut un fleuron de l'hôtellerie marseillaise abrite les bureaux d'agences d'urbanisme et un magasin, une reconversion fonctionnelle qui contraste avec la grandeur ostentatoire de ses origines. Si les fastes d'antan ont cédé la place à des usages plus prosaïques, les façades et toitures, l'escalier d'honneur, le mess des Officiers et la salle de conférences conservent leur classement aux monuments historiques depuis 1982. Un juste hommage à ce vestige d'une époque où l'architecture hôtelière se voulait à la fois vitrine d'un port commercial et temple d'un certain art de vivre bourgeois.