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Hôtel de l'État-Major de la Place et du Gouvernement militaire(Hôtel Lebas de MontargisetHôtel de Villemaré)

Hôtel de l'État-Major de la Place et du Gouvernement militaire(Hôtel Lebas de MontargisetHôtel de Villemaré)

7, 9 place Vendôme, Paris 1er

L'Envolée de l'Architecte

L'hôtel Lebas de Montargis, sis au numéro 7 de la place Vendôme, se présente initialement comme un élément discrètement intégré à l'ordonnancement rigoureux imposé par Jules Hardouin-Mansart pour ce lieu d'exception. Conçu dans l'esprit du maître et érigé pour son gendre, Claude Lebas de Montargis, trésorier des Guerres, l'édifice de 1708 s'inscrivait dans cette ambition d'uniformité classique qui caractérise la place. Il s'agissait alors d'un hôtel particulier de bonne facture, sans ostentation superflue, mais dont la façade respectait scrupuleusement le gabarit et les modénatures des prescriptions royales, notamment l'alternance des ordres colossaux et la pierre de taille parfaitement appareillée. C'est à la délicate intégration de son pan coupé, épousant la concavité de la place, que l'on perçoit la subtilité de sa conception originelle. Ce lieu, d'une apparence si conforme, fut pourtant le théâtre d'une effervescence intellectuelle notable. Entre 1724 et 1731, son entresol — un étage intermédiaire dont la discrétion n'est pas sans ironie — accueillit le fameux Club de l'Entresol. Sous la houlette de l'abbé Alary et de son hôte, le président Charles-Jean-François Hénault, s'y réunissait une élite cultivée comprenant Montesquieu, le marquis d'Argenson, ou encore l'abbé de Saint-Pierre. Ces cercles de pensée, où se débattaient la politique et la philosophie avec une liberté rare pour l'époque, finirent, comme on pouvait s'y attendre, par déplaire aux autorités. Le cardinal de Fleury, Premier ministre de Louis XV, mit fin à ces joutes oratoires en 1731, préférant sans doute le silence au murmure des idées subversives. La Révolution, puis l'Empire, réaffectèrent l'hôtel à des fonctions plus prosaïques, mais non moins stratégiques. De 1794 à 1899, il fut le siège de l'État-major de la place de Paris, témoignant d'une époque où l'ordre militaire reprenait le pas sur les lumières de l'esprit. C'est d'ailleurs entre ses murs, en avril 1812, que s'acheva piteusement la rocambolesque tentative de coup d'État du général Malet, capturé dans le bureau du général Doucet, chef d'état-major. Un moment d'histoire où la ruse et le pouvoir se jouèrent dans un décor qui avait jadis abrité des intellectuels. L'État finit par exproprier les héritiers en 1862, consacrant ainsi la fonction officielle du bâtiment et classant sa façade, mais sa façade seulement, au titre des monuments historiques. Le XXe siècle apporta une transformation radicale, révélant la précarité de l'authenticité architecturale face aux impératifs économiques. En 1930, la Compagnie Foncière Vendôme, sous l'égide de l'architecte André Ventre et avec les capitaux, en partie, du financier suédois Ivar Kreuger, décida de maximiser la surface utile. Ce fut l'ère du « façadisme » : l'intérieur de l'hôtel fut entièrement démantelé, ne conservant de l'édifice originel que sa peau externe sur la place. La dialectique intérieur/extérieur, intrinsèque à l'architecture classique, fut rompue au profit d'une coquille vide, destinée à abriter des bureaux modernes, puis la Banque de Suède et de Paris. Un passage public, la cour Vendôme, fut percé, incisant le rez-de-chaussée et connectant la place à la rue Saint-Honoré, altérant ainsi la volumétrie initiale. Quelques trumeaux de glace et autres fragments du décor d'origine, miraculeusement conservés au musée du Louvre, rappellent, comme des reliques isolées, l'élégance perdue des salons d'antan. L'hôtel Lebas de Montargis n'est plus, dans sa substance, qu'une façade historique habillant une structure contemporaine, un palimpseste où l'histoire des usages a fini par effacer l'architecture même.