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Folie Desmares

Folie Desmares

17,rue de la Gare, Châtillon

L'Envolée de l'Architecte

La Folie Desmares, un terme désuet qui convoque d'emblée l'esprit d'un XVIIIe siècle enclin aux caprices architecturaux, offre un exemple éloquent, bien que modeste, de ces résidences de plaisance suburbaines. Non point un château d'apparat, mais plutôt un pavillon d'agrément, dont la genèse se situe dans les largesses galantes d'un banquier suisse, Antoine Hogguer, pour sa favorite, Charlotte Desmares, actrice alors en vogue à la Comédie-Française. Cette liaison, courante à l'époque, se matérialisait souvent par de tels édifices, offrant un cadre propice à l'intimité et à la délectation, loin des regards trop insistants de la capitale. Il est piquant de noter que la fortune de ces financiers non titrés s'exprimait ainsi par le mécénat privé, souvent anonyme pour ce qui est de l'architecte, mais dont la pérennité dépendait du destin de ses occupants illustres, ou de son inscription tardive dans le patrimoine. L'édifice lui-même, vraisemblablement conçu par un maître d'œuvre local plutôt que par une figure majeure de l'architecture académique, témoigne néanmoins d'une maîtrise certaine des codes stylistiques de son temps. Sa volumétrie, bien que compacte, révèle une composition équilibrée, une articulation des masses empruntant à la grammaire classique, mais tempérée par la grâce et la légèreté qui caractérisaient le style Louis XV. La façade, d'une sobre élégance, présente un ordonnancement régulier des ouvertures, souvent rehaussées de fines modénatures ou de mascarons discrets, insufflant une touche rocaille sans verser dans l'exubérance. L'emploi de la pierre de taille, sans ostentation excessive, conférait alors une dignité certaine à l'ensemble, tandis que les toitures à la Mansart, si elles existaient, auraient parfait cet aspect de petite gentilhommière. Les intérieurs, aujourd'hui remaniés par les vicissitudes du temps et des occupations successives, furent sans nul doute pensés pour le confort et l'agrément de l'actrice, avec des salons de compagnie ouvrant sur des jardins. Ces jardins, même modestes, devaient suivre les principes alors en vogue, oscillant entre la rigueur du jardin à la française et les prémices du jardin pittoresque, invitant à la promenade et à la contemplation, comme en témoigne peut-être l'attachement actuel au Parc des Sarments. L'histoire de cette Folie Desmares prend un tour particulièrement inattendu et presque ironique avec son passage, en 1880, aux mains des Dominicaines de Notre-Dame de Grâce. Ce qui fut le théâtre des amours profanes et des divertissements mondains devint, un siècle plus tard, le sanctuaire de la dévotion et du recueillement. Une telle conversion d'usage n'est pas rare dans l'histoire des bâtiments, mais elle souligne ici un contraste saisissant entre la frivolité assumée de sa création et la gravité de sa vocation ultérieure. Acquis par la mairie en 1984, puis inscrit au titre des monuments historiques en 1987, cet édifice a échappé de peu à l'oubli ou à la démolition. Le caprice d'un banquier pour son égérie, figé dans la pierre et les parchemins de l'histoire, a ainsi survécu aux tourments du temps et aux changements sociaux. Sa classification n'est finalement qu'une reconnaissance tardive de cette persistance, un sceau apposé sur un fragment d'histoire sociale et architecturale, rappelant que même les plaisirs éphémères peuvent parfois prétendre à une certaine pérennité matérielle.