44 rue des Petites-Écuries, Paris 10e
L'Hôtel de Botterel-Quintin, demeurant un vestige singulier au cœur du quartier Poissonnière, témoigne d'une époque où l'ascension sociale s'ancrait dans la pierre parisienne, hors des faubourgs traditionnels. Érigé en 1782, cet édifice incarne les aspirations d'une élite fortunée de la fin de l'Ancien Régime. Son concepteur initial, François-Victor Perrard de Montreuil, élève de l'illustre Boullée, a su transposer ici, à l'échelle d'une résidence privée, une grammaire néoclassique empreinte de clarté et de dignité, sans pour autant céder aux audaces visionnaires qui caractérisaient parfois les études de son maître. La structure initiale de l'hôtel particulier, quoique classique, laissait présager une certaine retenue. C'est l'intervention ultérieure du comte de Botterel-Quintin qui confère à l'hôtel sa véritable singularité, en commandant une extension d'une sophistication notable : une salle à manger ovale. Couronnée d'une coupole vitrée, cette pièce maîtresse s'inscrit pleinement dans le registre des intérieurs raffinés de l'époque. L'attribution à François-Joseph Bélanger pour la conception architecturale de cet espace, si elle est avérée, en expliquerait la fluidité et l'élégance toute particulière. Bélanger, architecte des plaisirs et des folies, excellait à orchestrer des volumes complexes, offrant ici une dynamique douce, inondée d'une lumière zénithale distribuée avec un art certain. Cette innovation, consistant à capter la lumière naturelle par une verrière zénithale, était alors un signe de modernité et de raffinement, visant à magnifier l'expérience des convives. Le décor de cette salle est une symphonie de marbre et de stuc, une matière alors prisée pour imiter les finitions antiques à moindres frais, empruntant sans vergogne aux motifs gréco-romains. Les sphinx, les animaux stylisés, les vases de fleurs et de fruits, attribués au beau-frère de Bélanger, Dugoure, s'inscrivent dans le répertoire des *grotesques* et du *goût étrusque* alors en vogue, directement inspirés des découvertes archéologiques d'Herculanum et de Pompéi. Le plafond, orné d'une bacchanale attribuée à Pierre-Paul Proud'hon, parachève l'ensemble d'une touche de classicisme mythologique, conférant à ce lieu de repas une atmosphère de plaisir cultivé, quoique parfois jugé un peu ostentatoire. L'escalier, avec ses peintures de style pompéien, renforce cette immersion dans une Antiquité fantasmée, où chaque détail décoratif était pensé pour évoquer une érudition classique, un rejet des fioritures rococo au profit d'une pureté nouvelle. Cet hôtel est, en somme, un condensé des aspirations esthétiques et sociales de l'élite française à l'aube de la Révolution, une période où l'on construisait encore avec faste, sans tout à fait anticiper les bouleversements imminents. Il n'a pas la grandeur des créations royales, ni la pureté austère des projets révolutionnaires, mais il témoigne d'une commande privée de luxe, d'une bourgeoisie d'État ou d'une noblesse ambitieuse cherchant à afficher sa distinction par un style savant et opulent. Sa protection tardive, en 1993, souligne une reconnaissance posthume, mais nécessaire, de sa valeur comme précieux témoin d'une époque et de ses talents multiples.