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Hôtel de Clermont-Tonnerre

Hôtel de Clermont-Tonnerre

118 rue du Bac, Paris 7e

L'Envolée de l'Architecte

L'Hôtel de Clermont-Tonnerre, discret mais non moins emblématique au 118 de la rue du Bac, offre un aperçu éloquent d'une architecture parisienne de transition, celle du style Régence. Érigé entre 1713 et 1716 par Claude-Nicolas Lepas Dubuisson, un architecte dont la virtuosité réside souvent dans l'application rigoureuse des canons de son temps plutôt que dans la rupture audacieuse, cet hôtel particulier témoigne d'une période où la majesté louis-quatorzienne s'assouplissait progressivement, sans encore céder aux volutes exubérantes du rococo. C'est une grâce retenue, une recherche de confort naissante qui se dégage ici. Commandité initialement pour le Séminaire des Missions étrangères – une destination institutionnelle qui a sans doute tempéré les fastes les plus manifestes –, l'édifice s'inscrit dans la typologie classique de l'hôtel parisien : l'ordonnancement "entre cour et jardin". Le portail massif sur la rue, dont les vantaux impressionnants et le tympan sculpté annoncent la dignité du lieu, mène à une cour d'honneur, espace de transition et de représentation avant de déboucher sur l'hôtel lui-même, tourné vers le calme de son propre jardin et celui plus vaste des Missions étrangères. Cette dialectique entre le plein et le vide, l'extérieur contraint de la façade sur rue et l'ouverture plus libérée sur l'intimité verdoyante, est la signature de ces résidences privées. L'intégrité architecturale de cet hôtel est d'autant plus notable qu'il possède un quasi-jumeau au numéro 120, également l'œuvre de Lepas Dubuisson, suggérant une efficacité conceptuelle ou une commande programmatique. À l'intérieur, la noblesse des volumes se manifeste par le vestibule et le grand escalier, dont la rampe et la cage sont justement classées. Ces éléments, pivots de la distribution spatiale, orchestrent la progression vers les étages d'habitation, avec une pompe mesurée, loin des audaces décoratives qui allaient bientôt déferler. Son histoire n'est pas exempte des aléas de son siècle : confisqué à la Révolution, vendu, puis racheté, il a connu diverses vies. On retiendra notamment qu'il fut le cadre, au tournant du XXe siècle, du salon musical de Juliette Mante-Rostand, pianiste et sœur d'Edmond Rostand. Une destinée mondaine, certes, mais discrète, ajoutant une couche d'histoire culturelle à ses murs. Aujourd'hui classé aux Monuments Historiques pour ses façades, toitures et ses espaces de réception, et inscrit pour l'ensemble de ses intérieurs, l'hôtel a récemment été l'objet d'une transaction d'envergure, attestant de la valeur pérenne de ces vestiges d'un Paris révolu. Loin de la flamboyance spectaculaire, l'Hôtel de Clermont-Tonnerre s'impose comme un exemple raffiné de l'élégance discrète et de l'art de vivre d'une époque, parfaitement en phase avec son rôle de témoin privilégié de l'évolution de l'habitat urbain de la capitale.