56 rue du Taur, Toulouse
Le site actuel du collège de Périgord, au cœur ancien de Toulouse, révèle d'emblée une superposition d'époques, où le passé roman s'intègre, parfois avec une certaine rudesse, aux strates universitaires successives. Au sein de cet ensemble, la Tour Maurand se dresse comme un anachronisme imposant, rare spécimen de l'architecture civile romane tardive, datant de la fin du XIIe siècle. Elle fut l'élément fortifié d'un hôtel particulier appartenant à la puissante famille Maurand, dont l'influence s'étendait jusqu'à la cour comtale. Son existence même témoigne d'une période où la distinction entre demeure privée et ouvrage défensif s'estompait dans les mœurs des grandes lignées urbaines. L'édifice originel des Maurand, audacieux par ses proportions, se composait de deux corps de bâtiments articulés par cette tour d'angle. Le rez-de-chaussée, quasiment aveugle, percé de fenêtres modestes en hauteur, suggérait une préoccupation sécuritaire primaire, une nécessité de se prémunir des tumultes extérieurs. L'accès à la cour intérieure s'effectuait par une vaste porte, menant à des espaces où escalier et coursives desservaient l'étage noble, celui des pièces d'habitation, généreusement éclairées par des baies jumelées, sans doute ornées de chapiteaux dont la sculpture, hélas, est perdue. Il est révélateur que, dès 1178, la tour de cet hôtel fut contrainte à un abaissement, sanction infligée à Peyre Maurand pour ses accointances cathares, une démonstration précoce de la manière dont le pouvoir religieux entendait dicter la hauteur même des ambitions architecturales de ses sujets. C'est sur ces fondations hétéroclites que le cardinal Hélie de Talleyrand-Périgord décida, vers 1360, d'établir son collège destiné à vingt boursiers. L'opération ne fut pas de minces affaires, mobilisant d'importantes sommes pour l'acquisition de six hôtels particuliers avoisinants, dont ceux de plusieurs membres de la famille Maurand, dont les difficultés financières, sur fond de crise économique et de guerre de Cent Ans, facilitèrent sans doute ces transactions. La construction, dirigée successivement par Hélie Raymond puis Pierre del Forn, ne fut pas tant une création ex nihilo qu'une savante recomposition. La tour fut conservée, certes, mais l'aménagement d'une chapelle, la création d'un grand passage dans l'un des murs existants et l'intégration d'un cloître en bois, puis l'édification d'un grand escalier, transformèrent radicalement l'agencement interne, tout en préservant le caractère composite de l'ensemble. Malgré des revenus considérables provenant de vastes propriétés foncières, le collège de Périgord connut rapidement des difficultés économiques, les dépenses excédant souvent les recettes. Échappant à la suppression de nombreux collèges toulousains en 1551, il fut relégué à un rang secondaire, face à la concurrence du nouveau collège de l'Esquile et de l'établissement jésuite. Plus dramatiquement, en 1562, durant les guerres de religion, la Tour Maurand, paradoxalement devenue un bastion, fut utilisée par les protestants pour bombarder l'abbaye Saint-Sernin, une profanation par les armes dont l'histoire conserve le souvenir. Les siècles suivants virent d'autres transformations, avec la démolition de deux étages de la tour au XVIIIe siècle pour aligner sa hauteur, et de profonds remaniements qui en altérèrent la physionomie. Devenue grand séminaire au début du XIXe siècle, puis bibliothèque universitaire au XXe, elle accueille désormais, depuis une rénovation notable entre 2000 et 2003, l'École nationale supérieure de l'audiovisuel. Cette dernière campagne de travaux fut d'ailleurs accueillie avec une certaine circonspection par certains spécialistes, signe que l'intervention contemporaine sur un bâti ancien n'emporte pas toujours l'unanimité. La tour Maurand demeure protégée, classée en 1931, tandis que les autres vestiges du collège, malgré leur intérêt historique certain, attendent encore une reconnaissance équivalente.