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Hôtel de La Vaupalière

Hôtel de La Vaupalière

25 avenue Matignon 85 rue du Faubourg-Saint-Honoré, Paris 8e

L'Envolée de l'Architecte

L'Hôtel de La Vaupalière, sis au croisement du Faubourg-Saint-Honoré et de l'avenue Matignon, s'offre à l'observateur comme un palimpseste architectural, une stratification discrète d'intentions et de compromis, plus qu'un manifeste univoque. Édifié en 1768 par Louis-Marie Colignon, architecte du Roi, il fut dès l'origine conçu non comme une résidence dévolue à une unique lignée, mais comme un « hôtel de rapport », une démarche pragmatique pour un édifice se drapant des atours du néoclassicisme. Colignon, en acquéreur habile, avait su réunir une parcelle tout en longueur, défiant l'étroitesse originelle pour y inscrire une façade digne de la grandeur de l'époque. Cette vocation locative, parfois oubliée au profit du faste de ses occupants, ancre le bâtiment dans une réalité économique tangible, bien loin de la seule expression artistique. Le premier locataire à vie, Pierre Maignart, marquis de La Vaupalière, y installa son existence et celle de son épouse, Diane de Clermont d'Amboise, figure du salon philosophique. On y murmure que Voltaire aurait fréquenté ces lieux, et surtout, qu’en 1783, la lecture du sulfureux *Mariage de Figaro* de Beaumarchais s'y serait déroulée, non sans quelque frisson d'audace pré-révolutionnaire. Les fastes des réceptions étaient de mise : on conte qu'en 1788, lors d'un souper, la table présentait un paysage miniature traversé d'une rivière habitée de poissons véritables, le tout rehaussé d’un feu d'artifice de Ruggieri dans le jardin. Une débauche d'artifice pour une demeure déjà vouée à l'emprunt et à la transformation. La Révolution n'épargna pas l'hôtel. Confisqué, dépecé de son mobilier, il connut l'indignité de devenir une guinguette, un lieu de divertissement populaire sous l'égide du limonadier Cathenois. Une altération radicale de sa fonction et de sa symbolique, témoignant de la précarité des symboles de l'Ancien Régime. Le XIXe siècle fut celui des remaniements sous l'égide de Louis Visconti, architecte réputé, qui, au nom des comtes Molé, flanqua le perron de vestibules vitrés et fit disparaître d'anciens pavillons, alignant les ailes sur l'avant-corps. Ces modifications, tout en cherchant à moderniser l'édifice, brouillent inévitablement l'intégrité de l'intention initiale de Colignon, ajoutant une couche d'interprétation à l'original. Les vicissitudes financières des propriétaires successifs, notamment la famille Gérard, entraînèrent des amputations successives de la propriété, réduisant son parc, morcelant ses parcelles au gré des ventes et des élargissements de voies. L'élégante emprise originelle, qui joignait autrefois la rue du Faubourg-Saint-Honoré à l'avenue des Champs-Élysées, se trouva ainsi irrémédiablement fragmentée, le jardin cédant une part significative à la rue Rabelais. Le classement aux Monuments Historiques, en 1947-1948, intervint comme une tentative tardive de sanctuariser ce qui restait de son lustre et de sa structure. Le destin plus contemporain de La Vaupalière est celui d'une réappropriation corporative. Acquise par des compagnies d'assurances, l'hôtel, qui fut un temps le siège du journal *Le Figaro* – avant de subir un attentat revendiqué par le FLB-ARB en 1976, un écho inattendu de l'agitation politique dans ce lieu de quiétude –, est aujourd'hui le siège d'AXA. C'est Ricardo Bofill qui fut chargé, en 1995, de cette intégration à une structure de verre et de métal, un vaste atrium destiné à réunir l'ancien hôtel aux immeubles de bureaux environnants. Le geste, certes spectaculaire, vise à “protéger” la façade, ce qui, par un paradoxe de l'ingénierie contemporaine, l'isole également, la transformant en une sorte de relique sous vitrine. Quant aux décors intérieurs, ils furent, selon les usages actuels, largement restaurés ou, plus précisément, « recréés de manière pastiche » par François-Joseph Graf. C’est là que réside souvent la vérité de ces opérations : une reconstitution plus qu'une préservation pure, une réinterprétation du passé pour les besoins du présent, où l'authenticité se mêle à l'évocation, et où l'esprit du lieu persiste, bien qu'encapsulé et réinterprété.