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Église Sainte-Croix

Église Sainte-Croix

19, 21 rue de Châteauneuf, Tours

L'Envolée de l'Architecte

L'église Sainte-Croix de Tours, loin des fastes des cathédrales, offre l'intérêt plus discret mais non moins éloquent d'une stratification historique, un édifice dont la silhouette actuelle porte les marques évidentes des contingences et des réaménagements. Établie dans le Vieux-Tours, au sein de l'enceinte médiévale de Châteauneuf, elle s'inscrit dans la tradition d'orientation, le chœur résolument tourné vers l'est. Ses origines remontent au VIe siècle, avec la fondation d'un monastère sous le patronage de Sainte-Croix, attribué à Euphrône ou Grégoire de Tours, puis un rattachement à l'abbaye de Bourgueil au XIe siècle. Une chapelle est déjà attestée dès le IXe siècle, préparant l'avènement d'une paroisse au début du XIIIe siècle, dont l'existence fut écourtée par une suppression au XVIIIe. La construction de l'église actuelle s'amorce à la fin du XIe ou au début du XIIe siècle, sur un plan classique d'alors : une nef d'une travée, un transept flanqué de deux absidioles, et un chœur. Cette structure initiale fut sujette à de multiples interventions. Le XIIe et le XIIIe siècle virent l'introduction de voûtes maçonnées et la reprise de l'aile septentrionale du transept. Mais c'est sans doute l'initiative de la famille Berthelot, en 1480, qui modifia le plus profondément la composition originelle, par l'adjonction d'un collatéral au sud. Cette expansion entraîna la destruction de l'aile méridionale du transept, une pratique courante visant à adapter l'espace aux besoins nouveaux, souvent ceux de commanditaires fortunés désirant affirmer leur présence. Le résultat fut une articulation complexe, aujourd'hui en grande partie effacée, ce collatéral ayant été lui-même démantelé par la suite. L'église présente ainsi une nef dont la voûte gothique de l'Ouest repose, avec une certaine désinvolture stylistique, sur des piles romanes préexistantes, illustrant ce télescopage des époques. La façade occidentale, quant à elle, fut masquée au XVe siècle par des constructions appuyées, reléguant son aspect originel à une simple mémoire architecturale. La partie nord du transept conserve un berceau en plein cintre et s'ouvre sur une chapelle voûtée à la manière angevine. Le chœur, d'une largeur moindre que la nef, se clôt sur un chevet plat, éclairé de manière parcimonieuse par deux baies septentrionales. La trace la plus visible du collatéral Berthelot est désormais une arcade en arc brisé, devenue une baie extérieure surplombant les aménagements plus récents. L'ensemble de l'édifice, à l'exception notable de sa façade sud et de ses planchers intérieurs, fut inscrit comme monument historique en 1939, une reconnaissance tardive pour un bâtiment dont l'histoire fut davantage celle d'une survie tenace que d'un triomphe formel. L'église Sainte-Croix, malgré son démembrement partiel et son effacement progressif au sein du tissu urbain, conserve ce charme des édifices qui ont traversé les siècles, non sans égratignures, mais avec une persistance qui force le constat.