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Bureau des Finances

Bureau des Finances

Place de la Cathédrale, Rouen

L'Envolée de l'Architecte

Sur la place de la Cathédrale de Rouen, le Bureau des Finances se dresse comme un témoin singulier d'une période charnière de l'architecture française, celle de l'aube du XVIe siècle. Cet édifice, commandité en 1509 par Thomas Bohier, général des finances de Normandie, incarne la prospérité retrouvée de la ville et les audaces stylistiques qui s'y développent, en particulier sous l'égide probable de Rolland le Roux. Son architecture, classée depuis 1926, se révèle être un véritable manifeste du style Louis XII, où la structure hérite encore du gothique flamboyant français tandis que le décor s'imprègne déjà des raffinements italiens. L'observateur attentif y décèlera une transition fascinante. Les façades, notamment celle qui regarde la cathédrale, exposent des arcs surbaissés en anse de panier, succédant aux ogives gothiques. Les fenêtres, désormais plus larges qu'à l'accoutumée, ne répondent pas seulement à un souci d'esthétique luxueuse mais aussi à une nouvelle préoccupation pour l'hygiène et l'aération des intérieurs. Des loggias, disposées au centre, rappellent les innovations de Bramante au Vatican, offrant des percées lumineuses pour les grandes salles du premier étage. C'est ici que le Bureau des Finances se distingue de ses contemporains rouennais, le Palais de Justice et l'Hôtel de Bourgtheroulde, en poussant plus avant l'expérimentation. Le décor est un catalogue de références. Des pilastres lombards, dont l'inspiration se trouve jusqu'à la chartreuse de Pavie, viennent plaquer leur élégance classicisante sur une ossature encore médiévale, ponctuée jadis de fenêtres à meneaux et de pinacles gothiques. On y découvre même des réminiscences de sarcophages romains aux putti ailés, une mode relancée au XVe siècle par des maîtres tels que Luca della Robbia et Donatello. Cette juxtaposition, loin d'être un pastiche, témoigne d'une recherche, d'une assimilation progressive qui préfigure un style national français. L'édifice, à l'instar du château de Gaillon, fut un laboratoire où l'on tentait d'harmoniser ces apports nouveaux. Son histoire mouvementée reflète les aléas du temps. Ancien siège de la Cour des Aides, puis tour à tour salle de spectacle et lieu de commerces variés, il fut le point d'observation privilégié de Claude Monet pour immortaliser ses célèbres Cathédrales de Rouen. Son existence fut même menacée lors de la Première Guerre mondiale, une intervention papale attestant de son importance patrimoniale, bien qu'il ait finalement échappé aux destructions majeures. Les bombardements de 1944 furent en revanche dévastateurs, anéantissant une partie de ses précieux ornements. Les restaurations d'après-guerre, tout en préservant l'enveloppe historique, ont dû parfois recourir au béton armé pour sa structure interne, le faisant s'apparenter, par endroits, aux édifices de la Reconstruction. Aujourd'hui, il abrite l'Office de Tourisme, continuant de servir la ville, un vestige architectural qui, malgré les cicatrices, continue de raconter les chapitres de son évolution et l'ambition d'une époque.