134 rue Paul-Bellamy, Nantes
L'Hôtel Leglas-Maurice, sise au 134 de la rue Paul-Bellamy à Nantes, n'est pas un simple logis bourgeois, mais se présente plutôt comme un manifeste architectural, un écrin ouvragé destiné à exhiber le faste et le savoir-faire d'une industrie de l'ameublement alors florissante. Érigé au XIXe siècle, ce monument s'inscrit pleinement dans le courant éclectique qui caractérisa l'époque, oscillant entre reviviscences stylistiques et démonstration technique. C'est en 1873 que François Leglas-Maurice, figure de proue de cette dynastie de menuisiers, acquiert la propriété pour la transformer en ce qui allait devenir la vitrine de son entreprise. L'extérieur, d'une composition néo-renaissance somme toute classique, dissimule une opulence intérieure. Les façades et toitures, désormais protégées au titre des monuments historiques, signalent une recherche d'équilibre, mais l'essentiel du discours esthétique se déploie à l'intérieur. Le vestibule, tel un prélude, introduit à une série de pièces au rez-de-chaussée, chacune un exemple de l'éclectisme de la firme Leglas-Maurice et Jamin. La salle à manger, notamment, est un témoignage éloquent de la vogue Henri II, alors en pleine effervescence, comme en attestait l'Exposition Universelle de 1867. Ses lambris en chêne de Hongrie, d'une robuste élégance, s'accordent avec un plafond à caissons richement orné de grecques, de rinceaux et de rubans, traduisant une maîtrise certaine des canons décoratifs. Le petit salon, dans une veine néo-Louis XV, et le salon principal, s'affichant néo-Louis XVI, avec ses glaces rehaussées de médaillons de porcelaine figurant des membres de la famille royale, illustrent la capacité de la maison Leglas-Maurice à naviguer entre les styles, proposant un mobilier aussi bien de série que de luxe. Cet hôtel illustre ainsi la volonté d'un industriel de graver son succès dans la pierre et le bois, transformant sa résidence en une galerie permanente de ses productions. Les vitraux de l'escalier, œuvre de l'artiste nantais Antoine Meuret, ajoutent une dimension chromatique, baignant l'espace d'une lumière étudiée. L'entreprise, ayant équipé des paquebots transatlantiques comme le Normandie, pour lequel elle réalisa le décor de la salle à manger en 1935, et participé aux grandes expositions universelles, connut une apogée avant de s'éteindre après la Seconde Guerre mondiale. L'Hôtel Leglas-Maurice demeure ainsi un vestige, un fragment figé de cette époque où l'artisanat d'excellence et l'industrie florissante se rencontraient pour façonner des architectures domestiques d'une ambition décorative peu commune, aujourd'hui silencieuse, mais éloquente témoin d'un passé industriel nantais.