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Grand Commun

Grand Commun

1 rue de l'Indépendance-Américaine Rue des Récollets, Versailles

L'Envolée de l'Architecte

Le Grand Commun, ou le « Grand Quarré des Offices Commun du Roy », s'inscrit non sans une certaine ironie dans le prestigieux ensemble versaillais. Son emplacement même, sur les vestiges successifs d'un passé immémorial, révèle une stratification historique qui échappe à la seule splendeur royale. Les récentes explorations archéologiques, entre 2006 et 2007, ont d'ailleurs exhumé les fondations du jeu de paume de Louis XIII, érigé en 1630 par Philibert Le Roy. On y devine un grand bâtiment rectangulaire, aux murs latéraux d'une robustesse singulière – 1,30 mètre d'épaisseur – configuré pour un jeu « en dedans », avec ses trois galeries et son sol alternant carreaux de pierre de taille et de terre cuite. En dessous encore, une église Saint-Julien et un cimetière du Haut Moyen Âge rappellent la pérennité de l'occupation humaine sur ce site avant toute ambition monarchique. Jules Hardouin-Mansart, entre 1682 et 1684, fut chargé de coiffer cette histoire complexe d'un édifice dont la fonction était essentielle quoique peu glorifiante : abriter les cuisines, les tables des officiers et les chambres des courtisans. L'architecture de ce « Grand Quarré » n'est pas celle de l'apparat. Elle est celle de l'efficience, organisée avec une rigueur toute classique autour d'une cour intérieure vaste, destinée à la logistique et au mouvement incessant d'une cour gargantuesque. C'était l'arrière-scène indispensable au grand théâtre du pouvoir, un organisme nourricier sans lequel le faste du château aurait été lettre morte. Le style est sobre, fonctionnel, une démonstration de la capacité de Mansart à concevoir des architectures utilitaires, solides et dénuées de toute fioriture ostentatoire, bien loin des marbres et dorures des Grands Appartements. Le bâtiment connut ensuite les vicissitudes de l'histoire française, se transformant en manufacture d'armes sous la Révolution, marquant une rupture nette avec son dessein originel. Dès 1832, il endossa le rôle d'hôpital militaire, celui de Dominique-Larrey, jusqu'à sa fermeture en 1995, offrant une autre forme de service, plus prosaïque et souvent plus dramatique. Son classement au titre des monuments historiques en 1929 lui conféra une reconnaissance tardive mais méritée de son importance patrimoniale. La restitution du Grand Commun par l'armée en 1996 à l'administration du château a ouvert un nouveau chapitre. La première phase de restauration, achevée en 2011, a redonné quelque lustre à ses charpentes et plafonds à la française, ainsi qu'à ses 320 fenêtres, témoignant d'une volonté de préserver une structure longtemps reléguée aux tâches ancillaires. Depuis 2016, il abrite les services administratifs et le Centre de recherche du château de Versailles, renouant ainsi, à sa manière discrète, avec la fonction intellectuelle et organisatrice inhérente à toute grande institution. La galerie souterraine le reliant au château symbolise, avec une certaine ingéniosité contemporaine, la persistance de son rôle de maillon essentiel, quoique souterrain, dans le fonctionnement de l'ensemble. Il demeure, dans sa masse imposante et sa discrétion esthétique, le témoignage éloquent d'une architecture au service d'un système, plus qu'à la gloire d'une esthétique.