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Pavillon du Roi

Pavillon du Roi

1 place des Vosges, Paris 4e

L'Envolée de l'Architecte

Le Pavillon du Roi, dont l'adresse austère s'inscrit au 1 de la place des Vosges, se dresse comme une pièce maîtresse, sinon tout à fait fonctionnelle, du grand ordonnancement de l'ancienne Place Royale. Conçu entre 1605 et 1608 sous l'égide de la Couronne, il fut érigé avec la noble ambition de servir de modèle architectural et de portique d'entrée principal pour cette place quadrangulaire. Ce bâtiment central, plus élevé que ses homologues latéraux, répond en vis-à-vis symétrique au Pavillon de la Reine, créant ainsi un axe fort et majestueux, traversé au rez-de-chaussée par un passage menant à la rue de Birague. L'attribution de sa conception à Louis Métezeau, architecte du roi, confère à l'édifice une paternité estimable, bien que son rôle de « modèle » ait été relatif, tant les variations subtiles des 35 autres pavillons révèlent les compromis et les libertés des propriétaires privés. C'est l'un des rares exemples encore visibles de l'architecture dite « Henri IV », caractérisée par l'emploi de la brique rouge nuancée de chaînages et d'encadrements en pierre de taille, sous une toiture d'ardoise — un parti pris esthétique qui confère à l'ensemble une rigueur et une élégance toutes classiques, bien que le recours à la brique fût aussi une affaire d'économie, la pierre étant plus coûteuse. La dialectique des pleins et des vides s'opère avec une certaine gravité, les arcades du rez-de-chaussée offrant une respiration, tandis que les étages s'affirment par leurs fenêtres alignées et leur modénature discrète. L'ironie de l'histoire veut que ce « Pavillon du Roi » n'ait jamais eu l'honneur d'abriter la moindre royale présence. Il fut d'abord dévolu à un valet de chambre et peintre du roi, Charles de Court, une destinée fort éloignée des fastes d'une cour. Ses propriétaires, au fil des siècles, furent nombreux et variés, passant d'un prête-nom à des financiers, puis à une dame désargentée contrainte de le céder après des travaux de rénovation trop onéreux – signes éloquents de la versatilité des fortunes et de l'entretien parfois ardu de ces vastes demeures. On y vit même un dentiste s'y établir sous l'Ancien Régime finissant. Après les tumultes révolutionnaires, déclassé en bien national, il échut à des marchands, puis à des artistes, tel le peintre François Dumont, et enfin à des hommes de lettres, comme l'écrivain Juste Olivier. Cet hôtel particulier, témoin de la permanence des lignes classiques autant que de l'inconstance de l'occupation, n'a vu ses parties extérieures classées Monument Historique qu'en 1956, et ses intérieurs inscrits plus récemment en 2022. Une reconnaissance tardive pour un édifice dont le faste initial fut moins une réalité qu'une intention urbanistique, un témoignage éloquent des ambitions de la monarchie confrontées aux réalités du temps et des usages.