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Hôtel Thibert des Martrais

Hôtel Thibert des Martrais

6 place Vendôme, Paris 1er

L'Envolée de l'Architecte

L’Hôtel Thibert des Martrais, au n° 6 de la place Vendôme, ne s’illustre pas tant par une bravoure architecturale singulière que par son intégration scrupuleuse à l’ordonnancement uniforme voulu par Mansart, et mis en œuvre ici par Robert de Cotte en 1712. Cet architecte, héritier du classicisme de son maître, déploie sur cette façade une composition dont la rigueur est la marque d’une discipline plus que d’une invention débridée. On y retrouve l’austérité mesurée des percements, le rythme régulier des travées et l’harmonie des proportions qui caractérisent l’ensemble de la place, faisant de chaque hôtel particulier un élément d’un grand dessein collectif plutôt qu’une œuvre isolée. L’intérêt architectural réside moins dans l’expression individuelle que dans la cohésion urbaine, un geste d’urbanisme d’une rare efficacité. L’édifice connut une série de propriétaires dont les destins, souvent liés aux caprices de l’histoire, confèrent une certaine patine au marbre. De Charles Icard, son premier commanditaire, il passa à l’avocat Jacques-Ennemond Thibert des Martrais, puis au fermier général Jacques Paulze. L’anecdote la plus frappante est sans doute la tragédie qui frappa Paulze et Claire-Madeleine de Lambertye, son alliée par mariage, tous deux menés à l’échafaud durant la Révolution en 1794. Une fin abrupte pour des figures si intimement liées au pouvoir de l’Ancien Régime, illustrant avec une ironie cruelle la volatilité des fortunes en des temps tourmentés. Au XIXe siècle, une transformation pragmatique le voit s’unir à l’Hôtel Heuzé de Vologer voisin pour former le vaste Hôtel du Rhin. C’est dans ce cadre d’opulence bourgeoise et de services hôteliers que résida, en 1848, un certain Louis-Napoléon Bonaparte, fraîchement élu président, avant de connaître d’autres palais sous un titre plus impérial. Cette mutation d’une résidence privée en un établissement collectif témoigne des évolutions sociales et économiques de Paris. Après la liquidation du groupe Millon dans les années 1930, l’immeuble retrouve une segmentation, sa vocation de copropriété désormais mêlée à des usages commerciaux de prestige. Plus récemment, on notera la présence prolongée du chanteur Henri Salvador, qui y vécut jusqu’en 2008, s’amusant sans doute de son statut de « seul particulier à résider sur la place » au milieu des enseignes de luxe. Aujourd’hui, le rez-de-chaussée accueille la boutique d’horlogerie Breguet, tandis que le premier étage est dévolu à « l’Appartement Christian Dior », symbolisant la persistance de l’élégance, si ce n’est de la discrétion. Le classement de ses façades et toitures aux monuments historiques dès 1933 ne fait que confirmer son rôle, modeste mais essentiel, dans l’unité et la permanence de cette place emblématique.