Wy-dit-Joli-Village
L'église Saint-Romain de Wy-dit-Joli-Village se présente à l'observateur comme un assemblage complexe, une superposition de volumes qui, par leur juxtaposition, confèrent à l'édifice un aspect singulièrement pittoresque. Loin d'une unité de style imposante, elle retrace, à travers ses maçonneries, les aléas des époques et des fortunes. Ses parties les plus anciennes, les murs occidentaux et septentrionaux de la nef, témoignent d'une construction romane primitive, datant de la fin du onzième ou du début du douzième siècle, où l'on discerne des moellons irréguliers et des pastoureaux, ces petits blocs cubiques souvent récupérés d'anciens édifices. Au douzième siècle, l'entreprise de reconstruction prend son essor, débutant par le chœur, dont les travées et l'ancienne base du clocher sont alors voûtées d'ogives. Ici, la finesse des chapiteaux, ornés de feuilles d'eau et de volutes délicates, révèle une qualité d'exécution remarquable pour une église rurale. L'apparition de l'arc brisé pour ces voûtes, vers le milieu du douzième siècle, n'est en rien une rupture, mais plutôt l'intégration progressive des innovations gothiques. La nef, elle aussi voûtée d'ogives, présente des faisceaux de colonnettes dont les fûts de diamètres variés expriment une pensée architecturale cohérente, bien que certains auteurs aient pu en questionner la datation. Il est à noter l'asymétrie de l'ensemble, le chœur ne s'alignant pas parfaitement sur l'axe de la nef, détail qui souligne une évolution organique plutôt qu'un plan initial rigoureux. La consécration de 1255, par Eudes Rigaud, archevêque de Rouen, marque l'achèvement d'une chapelle latérale sud, dont les faisceaux de colonnettes subsistants évoquent le gothique rayonnant, bien que des remaniements ultérieurs aient grandement altéré son aspect. La fin du quinzième et le début du seizième siècle voient l'ajout d'une chapelle latérale nord, un exemple presque intact du gothique flamboyant, dont la modénature des meneaux et les réseaux des fenêtres, d'une acuité certaine, constituent la partie la plus stylistiquement homogène de l'édifice. C'est en 1682 qu'un événement majeur modifie la silhouette de l'église : l'effondrement du clocher roman, jadis central, détruisant partiellement la chapelle sud. Sa reconstruction, amorcée en 1695, se fit avec une économie de moyens et d'ambition, donnant naissance à un clocher en bâtière, situé de manière plutôt insolite sur l'angle sud-est de la chapelle. Cet ajout, ainsi que la chapelle elle-même, reflètent une approche plus utilitaire, avec des profils de nervures carrés et des retombées sur de simples culots, contrastant avec la subtilité des campagnes antérieures. À l'intérieur, la lumière diffuse révèle la richesse sculpturale des chapiteaux du chœur, où des feuilles d'acanthe et des entrelacs ajourés, travaillés au trépan, dénotent une ambition esthétique inattendue. Les retables classiques du dix-septième siècle, avec leurs pilastres cannelés ou leurs colonnes doriques, ainsi que les quelques éléments de mobilier classés, comme la Vierge à l'Enfant assise ou la statue de saint Romain, témoignent des préoccupations liturgiques et artistiques post-médiévales. Ces œuvres, parfois restaurées avec plus de zèle que de discernement, racontent l'histoire d'une dévotion populaire persistante, notamment celle envers saint Romain, dont la fontaine voisine était le théâtre d'une procession aux vertus curatives supposées. L'église de Wy-dit-Joli-Village, classée monument historique en 1981, demeure donc un témoignage éloquent de la persévérance architecturale, un lieu où chaque époque a laissé sa marque, sans toujours chercher à s'harmoniser avec ce qui la précédait, offrant ainsi un tableau riche, bien que parfois décousu, de l'art de bâtir au fil des siècles.