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Immeubles Sommier

Immeubles Sommier

20-22 rue de l'Arcade, Paris 8e

L'Envolée de l'Architecte

L'emplacement du 20, rue de l'Arcade, qui abrite aujourd'hui l'Hôtel Alfred Sommier, est un palimpseste urbain caractéristique du Paris haussmannien. Ses fondations reposent sur les cendres du "petit" hôtel de Soubise, une élégante demeure du XVIIIe siècle dessinée par Pierre Contant d'Ivry, puis remaniée par Jacques Cellerier. Charles Lefeuve en vantait le corps de bâtiment du fond de cour, orné de colonnes doriques et d'un frontispice sculpté, signe d'une distinction dont la ville était alors prodige. La destruction de cet édifice princier en 1825, au nom du pragmatisme des percements de rues, illustre la propension parisienne à la tabula rasa, où la mémoire bâtie cède fréquemment le pas aux impératifs d'une modernisation implacable. Sur cette parcelle libérée, Pierre-Alexandre Sommier, industriel du sucre à la fortune solidement établie, fit ériger entre 1858 et 1860 un ensemble plus complexe. L'architecte Joseph-Michel Le Soufaché, figure compétente mais rarement audacieuse du Second Empire, y conçut un immeuble mêlant hôtel particulier à l'arrière et immeuble de rapport à l'avant, s'articulant autour d'une cour intérieure et d'un jardin. Cette dualité fonctionnelle n'est pas anecdotique ; elle révèle une intelligence économique manifeste, où le prestige familial s'allie à la rentabilité locative, une combinaison courante sous le règne de la bourgeoisie d'affaires. L'architecture de l'édifice est décrite comme haussmannienne avec une "inspiration du XVIIIe siècle". Il ne s'agit pas d'une reproduction servile, mais plutôt d'une réinterprétation des canons classiques, tempérée par la rigueur et l'ordonnancement de l'esthétique impériale. Les façades, vraisemblablement en pierre de taille, devaient présenter cette régularité sobre, ces corniches et ces balcons filants qui caractérisent l'époque, agrémentées de modénatures et de proportions qui rappellent la finesse des demeures antérieures. L'équilibre entre le plein et le vide, l'intégration urbaine et le raffinement intérieur – le texte mentionne de nombreux éléments de décoration – témoignent d'une recherche d'un confort bourgeois, élégant mais jamais ostentatoire, loin des fastes parfois criards de certaines réalisations contemporaines. Alfred Sommier, fils du commanditaire, y vécut avant de s'illustrer par un geste d'une toute autre ampleur : l'acquisition et la restauration, à partir de 1875, du château de Vaux-le-Vicomte. Cette entreprise pharaonique, dédiée à la sauvegarde d'un chef-d'œuvre de l'âge classique, projette une lumière particulière sur la famille. Elle révèle un sens du mécénat et une conscience patrimoniale qui dépasse la simple accumulation de biens, posant une intéressante dialectique entre l'hôtel parisien, reflet d'une réussite commerciale pragmatique, et la grandeur réhabilitée d'un joyau architectural français. Cette anecdote souligne que l'érudition et le goût ne se manifestent pas toujours dans les œuvres directes de commanditaires, mais aussi dans leur engagement envers un héritage plus vaste. Aujourd'hui, la transformation en hôtel cinq étoiles par un descendant, Richard de Warren de Rosanbo, consacre une évolution commune à maintes demeures parisiennes. Cet avatar, tout en respectant l'enveloppe et l'esprit des lieux, adapte la vocation résidentielle d'origine à une économie contemporaine du service. C'est un compromis habile, permettant la pérennité d'un patrimoine face aux défis de l'entretien et de la transmission. L'Hôtel Alfred Sommier, dans sa discrète élégance et sa résilience fonctionnelle, continue ainsi d'incarner une certaine idée de la bourgeoisie parisienne, entre pragmatisme commercial et aspiration à une distinction classique.