37 rue du Repos, 7e arrondissement, Lyon
Le Château de La Motte, ou La Mothe, se dresse sur une légère élévation qui lui a donné son nom, un vestige d'une motte castrale antique, positionnée jadis à un carrefour stratégique entre le Dauphiné et le Lyonnais. Cette implantation sur un promontoire artificiel, remontant à l'époque gallo-romaine pour le prémunir des crues et lui assurer une visibilité défensive, est le premier témoignage d'une intelligence territoriale remarquable. L'édifice actuel, sans que des fouilles ne précisent encore d'occupations antérieures au XVe siècle, présente une physionomie de quadrilatère irrégulier enserrant une cour d'honneur, un agencement qui trahit souvent un développement organique plutôt qu'une conception d'un seul jet. Les tours, rondes et carrées, flanquent les façades, surmontées d'un donjon dont l'autorité visuelle domine l'ensemble, tandis que l'entrée sud conserve, avec une certaine dignité, ses mâchicoulis, témoins d'une vocation défensive originelle. Le remplacement du mur occidental par une terrasse au XVIIIe siècle, par exemple, révèle une progressive domestication de l'architecture, un abandon partiel de la rigueur militaire au profit d'une certaine aménité. Le domaine, vaste de dix-sept hectares à ses grandes heures, fut un lieu de résidence prisé. La famille de Villeneuve, puis Hugues du Puys, y accueillirent des figures de marque. C'est ici, en 1600, que Marie de Médicis, alors future épouse d'Henri IV, s'attabla et assista à une messe, un événement pour lequel un petit palais et un théâtre temporaires furent érigés sous la direction d'Hugues Cripier, illustrant la capacité éphémère de ces lieux à se transformer en scène de pouvoir. Vingt-deux ans plus tard, elle y revint, accompagnée d'Anne d'Autriche et de Richelieu, conférant au château une centralité politique certaine, même si ponctuelle. L'épisode de Richelieu y logeant Gaston d'Orléans en 1642, contraint d'assister à l'exécution de Cinq-Mars, ajoute une note sombre et une dimension de coulisse historique au lieu. Après une parenthèse religieuse sous l'égide des religieuses de Sainte-Élisabeth, la Révolution le transforma en bien national, prélude à sa vocation militaire qui marqua lourdement son architecture. L'expropriation par l'État pour ériger des fortifications à partir de 1831, l'intégrant dans un système défensif plus vaste, fit perdre au château son identité singulière pour le fondre dans un dispositif fonctionnel, réduisant l'ancienne demeure à un simple casernement. La Caserne Sergent Blandan, comme elle fut nommée, n'est que la dernière incarnation de cette dérive utilitaire. L'abandon par l'armée en 1999 et le récent effondrement partiel d'une toiture en 2022 mettent en lumière la vulnérabilité de ces édifices, soumis aux caprices de l'histoire et à la lente dégradation. Le projet actuel de reconversion en lieu de réception d'ici 2027 est une tentative de redonner vie à ces murs séculaires, une nouvelle étape dans l'histoire d'un monument qui a su, malgré les vicissitudes, conserver une partie de son mystère et de sa prestance.