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Fontaine Bartholdi

Fontaine Bartholdi

Place des Terreaux, 1er arrondissement, Lyon

L'Envolée de l'Architecte

Le Char triomphal de la Garonne, mieux connu sous l'appellation générique de Fontaine Bartholdi, se dresse désormais sur la place des Terreaux à Lyon, après un parcours pour le moins sinueux. Initialement envisagée pour la ville de Bordeaux, cette œuvre monumentale du sculpteur Frédéric Auguste Bartholdi connut les affres d'un projet abandonné, malgré un premier concours remporté dès 1857. L'ironie du sort voulut qu'une création fort similaire finisse par orner la place des Quinconces bordelaise quelques décennies plus tard, laissant la version originale à la recherche d'un site. Bartholdi, dont la renommée était pourtant consolidée par l'érection de la Statue de la Liberté, ne céda point. Il fit réaliser son quadrige par les ateliers Gaget & Gauthier, maîtres dans la technique de la peau de plomb sur armature métallique, une méthode exigeante, héritée de l'orfèvrerie, qui permettait ces audaces de porte-à-faux. L'œuvre, présentée à l'Exposition universelle de 1889, attira l'œil avisé du maire de Lyon, Antoine Gailleton. Après des négociations serrées où le prix proposé laissa le sculpteur quelque peu désabusé, la fontaine trouva enfin sa place en 1892, non sans avoir écarté d'autres emplacements lyonnais jugés inopportuns par l'artiste lui-même. Elle supplanta alors une autre fontaine sur la place des Terreaux, s'ancrant face à l'hôtel de ville. L'allégorie est patente : Amphitrite, représentant la France, mène un attelage de quatre chevaux marins symbolisant les grands fleuves. La description d'origine pour Bordeaux mentionnait la Garonne et la Dordogne, mais l'interprétation fut adaptée à son nouveau foyer. La prouesse technique est notable : une armature de fer des ateliers Moisant, rivaux d'Eiffel, supporte une enveloppe de plomb de plusieurs millimètres d'épaisseur, repoussée et ciselée pour rendre le réalisme et le dynamisme des formes. Pesant 360 tonnes au total, dont 21 tonnes pour la seule statue, elle déploie une envergure impressionnante de neuf mètres. Son innovation ne résidait pas uniquement dans sa structure, mais aussi dans ses jeux aquatiques, avec des jets qui alimentent une conque et des naseaux de chevaux qui exhalent une eau pulvérisée, un effet spectaculaire pour l'époque. En 1907, la ville fit d'ailleurs installer un système en circuit fermé, une modernité non négligeable pour la gestion des ressources. Le monument a connu une seconde vie en 1992, lors du réaménagement de la place par Christian Drevet et Daniel Buren. Déplacée pour des raisons architecturales, elle fut repositionnée au nord, afin de suggérer l'écoulement des eaux depuis les pentes de la Croix-Rousse, créant ainsi une nouvelle lecture spatiale. Ce classement comme monument historique en 1995 et la récente restauration d'envergure (2016-2018), due à une corrosion avancée de la structure interne et à des déformations du plomb, attestent de la valeur patrimoniale et des défis de conservation de cette œuvre composite. La pose finale de la tête d'Amphitrite en 2017 marqua le renouveau de cette figure imposante, dont la présence sur la place des Terreaux est désormais indissociable du paysage urbain lyonnais.