1 rue Léon-Gambetta, Toulouse
L'Hôtel de Bernuy, érigé au cœur de Toulouse, offre une singulière illustration des ambitions d'une époque de transition, mariant avec une certaine audace les réminiscences gothiques et les premiers accents de la Renaissance. Cet édifice, commandité entre 1503 et 1536 par Jean de Bernuy, un négociant pastellier dont l'ascension sociale fut aussi fulgurante que sa fortune, se voulait l'expression même de son rang et de son pouvoir. Issu d'une famille de conversos castillans, Bernuy, par sa mainmise sur le commerce du pastel, intègre l'élite toulousaine et cherche à matérialiser son nouveau statut. La façade principale, sur la rue Léon-Gambetta, se révèle être un subtil compromis. Sa maçonnerie de brique, typique de la région, est magnifiée par un portail de pierre où les ornements gothiques, tels que les piédroits moulurés et l'accolade en ogive ornée de choux frisés, rencontrent des éléments renaissants comme les putti et les médaillons. Le médaillon central, abritant aujourd'hui une tête d'Apollon, a connu les aléas de l'histoire, remplaçant successivement le blason du propriétaire et le monogramme du Christ, témoignage silencieux des évolutions religieuses et des modes. Les faux mâchicoulis et créneaux originaux, aujourd'hui disparus, affirmaient jadis l'appartenance à une noblesse d'apparat. La première cour, œuvre de Louis Privat à partir de 1530, rompt avec cette retenue. Ici, la pierre, matériau de luxe à Toulouse, est employée avec magnificence. L'introduction de l'ordre corinthien, puisé notamment dans le traité Medidas del Romano de Diego de Sagredo, révèle une intention manifeste d'afficher la culture et la modernité. Le grand arc surbaissé de la façade nord, supportant la galerie supérieure et dont la voûte est ornée de caissons à roses antiques, démontre une maîtrise technique remarquable. On murmure même qu'un buste, niché dans l'un de ces caissons, serait le portrait de Louis Privat lui-même. Au-delà, la deuxième cour, aménagée dès 1504 par Aimeric Cayla, conserve un caractère plus résolument gothique, notamment dans ses fenêtres à croisée. C'est là que s'élève l'ambitieuse tour d'escalier hexagonale, atteignant vingt-six mètres et demi. Si Jean de Bernuy désirait qu'elle surpassât celle de son voisin, le procureur du roi, elle fut plus tard éclipsée par d'autres réalisations toulousaines, dans une course à la verticalité qui caractérise l'ostentation de cette période. L'histoire mouvementée de l'hôtel ne s'achève pas avec la mort accidentelle de son commanditaire, prétendument victime d'un taureau échappé lors d'une exhibition. Il fut dévolu aux Jésuites en 1567 pour y établir leur collège, puis, après des phases d'abandon et de rénovation notables sous Anatole de Baudot à la fin du XIXe siècle, il abrite aujourd'hui le collège Pierre-de-Fermat. Cette permanence d'une vocation éducative, malgré les vicissitudes des siècles, confère à l'édifice une destinée singulière, où l'éclat initial du marchand pastellier s'est mué en un berceau de savoir, traversant les époques avec une dignité certaine.