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Opéra municipal

Opéra municipal

Place de Jaude, Clermont-Ferrand

L'Envolée de l'Architecte

Clermont-Ferrand s'est dotée, tardivement mais avec un certain zèle, d'un Opéra à la fin du XIXe siècle, témoignant de cette propension des villes de province à vouloir rivaliser, fût-ce avec un décalage chronologique certain, avec la grandeur parisienne. Érigé entre 1891 et 1894 sous l'impulsion de la municipalité d'Amédée Gasquet, et sous la direction de Jean Teillard, l'édifice vint opportunément remplacer une obsolète halle aux toiles et un théâtre jugé trop exigu. Il incarnait alors une ambition civique : offrir à la population un lieu de spectacle digne des canons de l'époque, c'est-à-dire un temple de l'art lyrique et dramatique. L'Opéra municipal, désormais Opéra-Théâtre, occupe une position stratégique entre le boulevard Desaix et la place de Jaude, s'intégrant au tissu urbain avec une monumentalité contenue. Son architecture, sans surprise, s'inscrit pleinement dans l'esthétique historiciste et éclectique de son temps, puisant sans vergogne dans le répertoire ornemental en vogue. À l'extérieur, la façade, dont les décors sont l'œuvre d'Henri Gourgouillon, tente de conférer à l'ensemble une dignité et une richesse dignes de sa fonction, bien que sans l'opulence débridée des édifices d'envergure nationale. C'est à l'intérieur que l'inspiration la plus manifeste se révèle : l'Opéra Garnier, à Paris, plane indéniablement sur le projet de Teillard. Le hall d'entrée, les vastes escaliers d'honneur, la coupole peinte et les multiples dorures, restaurées avec une application certaine, composent un théâtre à l'italienne des plus orthodoxes. Le plan en fer à cheval, les étages de loges superposées – parterre, corbeille, galeries – sont autant d'éléments conçus non seulement pour l'acoustique et la visibilité de la scène, mais aussi, et surtout, pour le spectacle de la société elle-même. La bourgeoisie clermontoise venait ici se montrer autant que voir, un rituel social que ces architectures savamment orchestrées permettaient. Les années passent et les édifices, même les plus solides en apparence, ne sont pas exempts des aléas du temps. Une partie du plafond, rappel brutal de la matérialité de l'ouvrage, s'effondra, précipitant l'Opéra dans une période de fermeture de sept ans. Les travaux de rénovation qui s'ensuivirent, achevés en 2013, furent l'occasion d'une remise aux normes salutaire. Ils permirent notamment une modernisation discrète de la machinerie scénique – l'invisible, souvent, étant le plus coûteux – et, fort heureusement, la redécouverte des fresques de Louis Retru, datant de 1904, dissimulées derrière d'anciennes tentures du foyer. Ces couches successives d'embellissements et d'oublis racontent à elles seules l'histoire d'un bâtiment et de ses appropriations. Il est à noter que la capacité fut judicieusement réduite de 900 à 600 places ; une concession au confort moderne qui, si elle altère la densité de l'assemblée, ne manque pas de souligner l'évolution des attentes du public. L'Opéra de Clermont-Ferrand demeure, somme toute, un témoin éloquent de cette volonté provinciale de s'inscrire dans une tradition architecturale et culturelle établie, une sorte de Garnier en miniature, sans l'aura d'une capitale mais avec la persévérance d'une ville.