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Musée Georges-Labit

Musée Georges-Labit

17 rue du Japon 43 rue des Martyrs-de-la-Libération 3 boulevard Monplaisir, Toulouse

L'Envolée de l'Architecte

Le musée Georges-Labit de Toulouse, édifice singulier, se dresse comme une expression figée d'une époque fascinée par l'ailleurs, une fantaisie architecturale qui, en 1893, répondait aux caprices esthétiques d'une élite occidentale gagnée par l'orientalisme. L'architecte toulousain Jules Calbairac y déploya un répertoire néo-mauresque, certes en vogue, mais dont l'exotisme de commande peut sembler, avec le recul, un brin théâtral. Ce n'est pas tant une immersion qu'une évocation stylisée, une juxtaposition d'éléments empruntés.On y observe, avec une certaine distance, les arcs outrepassés qui scandent les ouvertures, le jeu contrasté des briques et du crépi blanc qui anime les façades, et ces carreaux de faïence dont les motifs cherchent à imiter l'art islamique. Le dôme, coiffé de tuiles émaillées d'un bleu turquoise éclatant, et surmonté d'un croissant de métal, parachève cette composition qui ne vise rien de moins qu'un dépaysement pittoresque.Loin d'une recherche d'authenticité structurelle, cette villa bourgeoise fut d'abord conçue comme l'écrin des collections d'un homme passionné, Georges Labit, voyageur, ethnologue et collectionneur prématurément disparu à l'âge de trente-sept ans. Sa vision, celle de partager avec ses contemporains et les générations futures les trésors d'Extrême-Orient et d'Égypte antique qu'il avait amassés, confère à l'ensemble une dimension quasi testamentaire. Le bâtiment lui-même, en s'appropriant un vocabulaire formel oriental, tentait de créer une résonance entre le contenant et le contenu, une sorte de mise en scène permanente des objets exposés.Le jardin d'agrément qui l'entoure, avec sa sélection de plantes asiatiques et méditerranéennes, prolonge cette volonté d'immersion exotique, offrant un cadre qui dialogue, non sans une certaine ironie, avec la rigueur du canal du Midi voisin. L'ensemble, y compris la conciergerie et le mur de clôture, bénéficie depuis 2021 d'une inscription aux monuments historiques, reconnaissant ainsi la valeur patrimoniale de ce témoin d'une époque et d'une approche singulière de la muséographie.C'est ici que l'on pouvait admirer jades et bronzes chinois, masques de théâtre japonais, sculptures gandhariennes ou encore une remarquable collection égyptienne, dont la fameuse momie Inimennaÿsnebout, récemment transférée au musée Saint-Raymond. Cette dispersion des collections égyptiennes marque une évolution des pratiques muséales, recentrant chaque institution sur ses spécificités, même si l'éclat initial de la vision de Labit en est, par force, légèrement altéré. Le musée demeure néanmoins l'un des plus anciens dépositaires d'art asiatique en France, prouvant qu'au-delà de la mode, une ambition culturelle peut laisser une empreinte durable, même sous les dehors d'une villa à l'orientale.