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Théâtre Sorano

Théâtre Sorano

35 allées Jules-Guesde, Toulouse

L'Envolée de l'Architecte

L'édifice qui abrite aujourd'hui le théâtre Sorano, au cœur de Toulouse, offre d'emblée une leçon d'histoire architecturale superposée, ou plutôt d'adaptabilité structurelle. La façade en brique et son portique, érigés par Urbain Vitry au deuxième quart du XIXe siècle, ne trahissent guère l'intention originelle d'un auditorium destiné au Muséum d’Histoire Naturelle. Il s'agit là d'une composition classique, d'une dignité académique, utilisant le matériau local avec une régularité que l'on attend de l'époque. Ces lignes austères, inscrites au titre des monuments historiques, constituent le visage pérenne d'un lieu dont la vocation interne, elle, a connu de profondes mutations. C'est en 1964 que Maurice Sarrazin, avec une audace certaine, choisit d'y installer un Centre dramatique national. Cette conversion, loin d'être anecdotique, s'inscrit pleinement dans la politique de décentralisation culturelle initiée par Jeanne Laurent après la guerre, une entreprise visant à mailler le territoire de foyers artistiques. L'acte fut de réinvestir un espace préexistant, doté d'une acoustique et d'une volumétrie déjà propices à la parole et à la représentation, plutôt que d'édifier ex nihilo. Le défi était alors de faire cohabiter l'enveloppe patrimoniale avec les exigences scénographiques modernes, un exercice délicat entre respect du bâti et impératifs fonctionnels. Le choix de nommer ce lieu en hommage à Daniel Sorano, figure toulousaine du théâtre, confère une touche locale et mémorielle à cette nouvelle ère. Ce théâtre, d'une capacité raisonnable de 430 places, fut donc pendant plus de trente ans le vaisseau amiral de la création dramatique toulousaine, avant que le Théâtre national de Toulouse ne prenne le relais. Une période de transition, voire d'incertitude, suivit, avant que Maurice Sarrazin lui-même ne revienne aux commandes au début des années 2000, réaffirmant un lien indéfectible avec l'institution qu'il avait fondée. L'évolution de ses directions successives, de Didier Carette à Ghislaine Gouby, puis Sébastien Bournac, jusqu'à Karine Chapert aujourd'hui, reflète une constante réinvention. Elles ont toutes cherché à ancrer le lieu dans son époque, passant d'une programmation pluridisciplinaire à une focalisation affirmée sur la jeune création et l'émergence artistique. Ainsi, la noble façade de Vitry, témoin immuable des allées Jules-Guesde, continue d'abriter un bouillonnement créatif souvent en rupture avec les codes établis. C'est là, dans cette juxtaposition entre la permanence de la pierre et l'éphémère du spectacle vivant, que réside l'intérêt le plus aigu de ce Sorano. Il démontre avec pragmatisme qu'un édifice, aussi marqué par son époque première, peut transcender sa fonction initiale pour devenir un catalyseur d'expressions nouvelles, pourvu qu'on lui en donne les moyens et l'impulsion. Le jeu du plein et du vide s'y manifeste non seulement dans sa volumétrie intérieure, mais surtout dans la tension féconde entre l'héritage architectural visible et l'expérimentation artistique invisible. C'est une modestie apparente qui abrite une vitalité persistante.