1 rue Sully Cours Saint-André, Nantes
Le Hôtel Ceineray, sis au numéro 1 de la rue Sully, ne se présente pas comme une œuvre autonome, mais plutôt comme un élément scrupuleusement intégré à un vaste dessein urbanistique orchestré par Jean-Baptiste Ceineray lui-même, architecte de la ville de Nantes et premier propriétaire des lieux. Sa conception après 1773 participe directement à cette quête d'une harmonie classique qui devait régir la place d'Armes, l'actuelle place Maréchal-Foch. L'édifice est ainsi un jumeau architectural de l'hôtel Pépin de Bellisle, une symétrie voulue, voire imposée, qui témoigne de la rigueur avec laquelle Ceineray, entre 1760 et 1780, entendait réformer l'esthétique urbaine nantaise. Cette obligation de symétrie, s'étendant à l'élévation et à la toiture, confère à la façade sur rue une certaine sobriété, caractéristique du néoclassicisme du XVIIIe siècle. L'ordonnancement des baies, sans doute rectilignes et encadrées de modestes bandeaux, participe à une composition équilibrée, où le plein des murs de pierre de taille dialogue avec le vide des ouvertures, créant une régularité apaisante. Les chaînes d'angle en bossage, si présentes dans l'architecture nantaise de l'époque, auraient apporté une touche de solidité, tandis que la toiture à pans brisés, percée de lucarnes coiffées d'un fronton triangulaire ou cintré, aurait contribué à cette silhouette élégante et fonctionnelle. L'ensemble, inscrit au titre des monuments historiques en 1954, est moins une démonstration de virtuosité individuelle qu'une illustration exemplaire de la discipline urbanistique de son époque. Il est singulier que Ceineray ait choisi d'habiter l'une des pièces maîtresses de son propre échiquier urbain. Ce fait, au-delà de l'anecdote, révèle une adhésion profonde à ses principes, une sorte de manifeste bâti de sa vision pour Nantes. La transformation de la cité, passant d'un enchevêtrement médiéval à une ville ouverte, aérée et dotée de perspectives majestueuses, porte indubitablement sa marque. Le Hôtel Ceineray, dans sa modeste contribution à l'alignement, incarne cette ambition : créer un cadre de vie où l'ordre architectural participe à la grandeur de la ville. Il demeure un témoin discret mais essentiel de la manière dont la volonté d'un homme a pu modeler, avec une détermination certaine, la physionomie d'une métropole en pleine mutation. Son impact sur le tissu urbain de Nantes fut structurel et durable, bien au-delà de la seule rue Sully.