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Annexe du siège central du Crédit lyonnais

Annexe du siège central du Crédit lyonnais

6 rue Ménars, Paris 2e

L'Envolée de l'Architecte

L'édifice sis au 6 de la rue Ménars, pudiquement qualifié d'annexe du siège central du Crédit Lyonnais, se présente moins comme une icône architecturale que comme un symptôme, la manifestation bâtie des nécessités prosaïques d'une institution bancaire en pleine efflorescence au tournant du XXe siècle. Sa nature secondaire, intrinsèquement liée à la monumentale adresse du boulevard des Italiens, le destinait d'emblée à une certaine discrétion, une déférence implicite aux canons du grand siège qui lui conférait son existence. André-Félix Narjoux, son architecte en 1908, n'eut point ici l'occasion de débrider son génie, si tant est qu'il en possédât un de façon ostensible, mais plutôt de concevoir une enveloppe fonctionnelle, où l'élégance du détail le disputait à une parcimonie ornementale de bon aloi pour une telle destination. L'histoire parcellaire révèle une première affectation à la Compagnie des agents de change, prélude à son acquisition par le Crédit Lyonnais en 1891. L'immeuble actuel, élevé une dizaine d'années plus tard, était donc dès l'origine conçu pour des activités moins ostentatoires que celles des guichets d'un siège social. On y logeait des services administratifs, une imprimerie dont le vrombissement quotidien devait marquer l'atmosphère, et une cantine, ces espaces vitaux mais peu glorifiés qui assurent l'armature invisible de toute grande entreprise. C'est le revers de la médaille du faste de la banque, la matérialisation en dur des entrailles d'une organisation en pleine expansion, où la logistique prime sur l'apparat. L'esthétique, bien que non explicitement détaillée par les sources, s'inscrit vraisemblablement dans le vocabulaire académique de la Belle Époque, un style Beaux-Arts teinté de classicisme, destiné à rassurer plus qu'à innover. La façade, avec sa composition ordonnancée et ses matériaux nobles — sans doute la pierre de taille propre aux constructions haussmanniennes —, témoignait d'une dignité attendue pour un établissement financier. Elle offrait un visage urbain cohérent, s'intégrant sans esclandre au tissu parisien. Mais cette enveloppe, inscrite au titre des monuments historiques depuis 1977, est aujourd'hui l'ultime relique d'un bâtiment dont l'existence fut tragiquement tronquée. Le sort de cet édifice, au début des années 2010, illustre avec une éloquence particulière les dérives contemporaines de la préservation patrimoniale. L'intérieur fut presque intégralement détruit, ne laissant subsister que la façade comme un décor de théâtre. Nous sommes là devant un lamentable avatar du façadisme, cette pratique qui réduit l'architecture à une simple peau, une illusion de permanence masquant un vide abyssal. L'inscription au titre des monuments historiques, qui aurait dû garantir l'intégrité de l'œuvre, n'a finalement protégé que sa dépouille. L'édifice est devenu un palimpseste urbain, une mémoire évidée, un simulacre de bâtiment dont la substance fonctionnelle et spatiale a été irrémédiablement effacée. Une fin peu glorieuse pour un monument dont l'intérêt résidait justement dans la corrélation subtile entre son enveloppe et les humbles fonctions qu'elle abritait. Il ne reste plus qu'un témoignage, muet et désincarné, d'une époque où l'architecture bancaire se pensait aussi dans ses moindres recoins fonctionnels.