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Église Notre-Dame-des-Missions

Église Notre-Dame-des-Missions

102 avenue Joffre, Épinay-sur-Seine

L'Envolée de l'Architecte

L'église Notre-Dame-des-Missions, dont l'appellation complète ne manque pas d'un certain lyrisme désuet, voire d'une ambition démiurgique – Notre-Dame-des-Missions-du-cygne-d'Enghien – s'inscrit d'emblée dans une histoire singulière. Conçue initialement par Paul Tournon pour l'Exposition Coloniale Internationale de 1931, sa présence même y dérogeait à l'axiome républicain d'exclusion des édifices religieux des grandes manifestations universelles. Ce pavillon des Missions, destiné à célébrer la contribution des missionnaires à la « mission civilisatrice » de la Nation française, fut donc une glorification de la conquête, tant spirituelle que territoriale. Ce qui devait n'être qu'un assemblage éphémère de bois fut, grâce à la persévérance du Maréchal Lyautey et de l'Amiral Lacaze, et malgré les contraintes financières post-krach de 1929, relocalisé et pérennisé à Épinay-sur-Seine. Le transfert, rendu possible par une souscription nationale et l'usage opportun du béton armé en lieu et place du bois, l'inscrivit alors dans le vaste programme des Chantiers du Cardinal Verdier, visant à christianiser les banlieues de Paris, alors perçues comme des « terres de mission » à leur tour. Son enveloppe extérieure est un kaléidoscope de références, une audacieuse synthèse syncrétique. La façade, qualifiée de « mi annamite, mi Art déco », présente un porche figurant une pagode chinoise à trois toits superposés, ornés de tuiles creuses et d'idéogrammes empruntés, avec une ironie involontaire, aux litanies mariales. Le grès vernissé, œuvre de Raymond Virac, témoigne d'un goût prononcé pour l'exotisme. Le campanile, de ses 37 mètres, évoque la silhouette d'un minaret, tandis que des éléments bouddhiques et africains viennent compléter ce registre formel. Roger de Villiers signe la Vierge triumphante, et Carlo Sarrabezolles, dont la maîtrise de la « taille directe du béton en prise » est avérée, sculpte les six acrotères aux séraphins et les quatre statues monumentales des « Quatre races », allégories certes expressives, mais figées dans une vision de l'altérité. La « brique Huré », brevetée par la maîtresse-verrière Marguerite Huré, assure l'entrée d'une lumière polychrome, procédé novateur pour l'époque. À l'intérieur, Tournon privilégie une structure basilicale classique, avec une nef et deux collatéraux. Les murs de refend, astuce architecturale, ne se contentent pas d'offrir l'espace nécessaire aux compositions murales, mais répondent également, de manière structurelle, aux poussées de la toiture, palliant ainsi l'absence d'arcs-boutants traditionnels. L'autel surélevé dissimule une crypte, témoignant d'une ingéniosité fonctionnelle. L'ensemble de la décoration intérieure est le fruit d'une collaboration sous l'égide des Ateliers d'Art Sacré, fondés par Maurice Denis et George Desvallières. Les vitraux, dominés par un bleu dégradé du clair au foncé, racontent l'histoire missionnaire, tandis que les fresques marouflées, douze au total, coordonnées par Henri de Maistre et exécutées par une pléiade d'artistes tels que Maurice Denis, Lucien Simon ou George Desvallières lui-même, déploient une géographie spirituelle des zones d'expansion du christianisme. Du Moyen-Orient à l'Afrique, en passant par la Chine et le Canada, chaque panneau est une étape de cette « conquête », achevée par le baptistère, œuvre d'Élisabeth Branly, l'épouse de l'architecte. Classée Monument Historique, Notre-Dame-des-Missions se présente aujourd'hui comme un rare vestige de l'Exposition Coloniale, coexistant avec le Palais de la Porte Dorée. Son statut de « chef-d'œuvre de l'art sacré » du début du XXe siècle ne saurait occulter la complexité et les ambivalences idéologiques de sa genèse, ni le témoignage d'une période où l'architecture s'est faite le miroir d'une certaine vision du monde, pour le meilleur et pour le plus discutable.