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Hôtel de Lasbordes

Hôtel de Lasbordes

36 rue du Languedoc, Toulouse

L'Envolée de l'Architecte

L'Hôtel du Vieux-Raisin, baptisé ainsi par une enseigne quelque peu rustique pour un tel édifice, s'impose comme un manifeste de l'ambition toulousaine de la Renaissance. Son édification, initiée vers 1515 par Béringuier Maynier, professeur de droit et capitoul, révèle d'emblée une volonté d'alignement avec les courants artistiques italiens, alors en pleine effervescence. Maynier fit construire un logis principal qui structurait l'espace entre cour et jardin, flanqué de ces tours d'escalier dont la présence est si caractéristique des hôtels particuliers toulousains de l'époque. La grande tour notamment, fut parée de bustes en médaillon, tandis que les corps de bâtiment s'ornaient de fenêtres richement ouvragées, marquant un style de première Renaissance où la pierre, blanche et délicate, venait sculpter le sobre appareil de brique. La suite de son histoire, et notamment l'attribution des phases de construction, a longtemps fait l'objet d'une charmante confusion. On a cru que Jean Burnet, propriétaire postérieur, avait fait intervenir le célèbre Nicolas Bachelier, figure tutélaire de l'âge d'or toulousain. Or, des recherches récentes attribuent ces extensions à Pierre de Lancrau, évêque de Lombez. C'est sous sa houlette que la cour d'honneur prit sa forme quadrangulaire définitive, fermée par un portique audacieux, dont les colonnes doriques et l'alternance de brique et de pierre évoquent sans équivoque la loggia de l'Hôtel d'Assézat, bâtiment contemporain et rival en magnificence. Les armoiries de Burnet, certes, y sont toujours visibles, témoignant de son passage avant cette dernière grande campagne. Lancrau ne s'arrêta pas là, rehaussant la grande tour et intégrant de spectaculaires fenêtres à atlantes, ces figures sculpturales peinant sous le poids de l'entablement, comme crispees par l'effort, donnant à l'ensemble une tension baroque avant l'heure. L'étude des fenêtres sur rue, éléments phares du décor urbain toulousain, révèle le soin maniaque des commanditaires. Celles de Maynier, rue Ozenne, déploient pilastres, candélabres et rinceaux avec une élégance toute classique. Plus tard, une fenêtre rue du Languedoc, attribuée à Burnet, s'inspire directement des gravures de Jacques Androuet du Cerceau, mais avec une adaptation et un enrichissement singulier, intégrant des figures humaines et hybrides, une licence interprétative propre à l'esprit toulousain. Dans la cour, le répertoire se diversifie davantage. Si quelques baies de l'étage furent un temps attribuées à Bachelier, les fenêtres du rez-de-chaussée, datant de la fin du XVIe siècle sous Lancrau, offrent un bestiaire fantastique et naturaliste. Des figures hybrides aux pattes de lion y déploient une diversité et un réalisme anatomique et psychologique étonnants. Sous ces ouvertures, des motifs de cuirs découpés rappellent l'opulence de la Galerie François Ier à Fontainebleau, ou encore l'audace de Cellini et Michel-Ange, preuve que Toulouse, loin de tout provincialisme, dialoguait avec les grands centres artistiques. Enfin, la cheminée d'apparat du salon principal, véritable monument à l'humanisme de Maynier, est une apologie sculptée de la fortune et de l'abondance. Ses couronnes végétales, ses chapeaux de triomphe encadrant armoiries et médaillons, ainsi que ses angelots et guirlandes, offrent un témoignage éloquent de la culture et des aspirations de l'élite toulousaine de la Renaissance, soucieuse de manifester sa réussite par l'érudition et le faste. Cet hôtel, au gré des propriétaires, est devenu un véritable catalogue de l'évolution du goût, un assemblage stratifié de splendeurs, dont chaque pierre raconte une ambition, un emprunt, une innovation locale. C'est une œuvre complexe, parfois hétérogène, mais toujours fascinante par sa richesse et son ancrage profond dans l'histoire architecturale de la ville.