21 rue Saint-Antoine 38, 40 rue du Petit-Musc, Paris 4e
L'hôtel de Mayenne, sis au cœur du Marais, constitue moins une œuvre homogène qu'un palimpseste architectural, une stratification d'intentions et de compromis, déployée avec une certaine gravité formelle. Sa genèse remonte à l'« hôtel du Petit-Musc », acquis par Charles VI en 1378, inscrivant ainsi l'emplacement dans une temporalité médiévale dont il ne subsiste que l'ancrage. C'est en 1567-1569, sous l'égide du marquis de Boisy, Claude Gouffier, que le corps de logis principal et les ailes sur cour sont substantiellement rebâtis, jetant les bases d'une résidence d'ampleur. Mais l'édifice tel que nous le percevons aujourd'hui doit son caractère décisif aux transformations commanditées entre 1613 et 1617 par Henri de Mayenne, fils de Charles de Lorraine, duc de Mayenne. L'attribution à Jean Androuet du Cerceau (le jeune), bien que prudemment formulée par la documentation comme « sans doute », porte le sceau d'une élégance classique naissante, typique de cette transition entre la fin de la Renaissance et l'avènement du style Louis XIII. Ce fut une période charnière où l'hôtel particulier parisien, adoptant la formule du plan en H – un corps de logis centré entre cour et jardin, flanqué d'ailes et de pavillons sur rue reliés par une terrasse, à l'instar de l'hôtel Carnavalet – atteignait une maturité formelle. Du Cerceau, dont le nom familial est indissociable des grandes avancées architecturales françaises, aura su infuser à l'ensemble une nouvelle dignité, notamment par la création du grand escalier en aile et l'ordonnancement de la façade sur la rue Saint-Antoine. L'architecture des pavillons sur rue illustre avec une éloquence sobre le goût de l'époque : une alternance de pierre de taille et de brique, rappelant la polychromie alors en vogue et si emblématique de la place des Vosges toute proche. Le registre décoratif, sans être exubérant, s'articule autour de l'alternance de frontons, du jeu discret du bossage et de la superposition des ordres architecturaux – Dorique au rez-de-chaussée, Ionique à l'étage – conférant une gravité mesurée à l'ensemble. Les garde-corps en fer forgé, convexes et ornés de croix de Lorraine, ajoutés par Germain Boffrand entre 1707 et 1709, constituent une intervention plus tardive et rocailleuse, offrant une touche de raffinement dix-huitiémiste à une structure plus robuste. À l'intérieur, malgré la perte regrettable de la majeure partie des boiseries de Boffrand, dispersées au gré des vicissitudes historiques – notamment lors de la vente à l'hôtel Cahen d'Anvers en 1881, triste exemple de l'infortune patrimoniale – subsistent quelques corniches et trumeaux. Le grand escalier de 1609, avec ses deux volées droites et son mur-noyau, ses sous-faces voûtées de brique et son tympan sculpté de Pallas, demeure une pièce maîtresse, un témoignage éloquent de la maestria structurelle et ornementale de son temps. C'est une fortunate persistance dans un ensemble maintes fois remanié. Le parcours de l'hôtel ne fut pas exempt de turbulences. Après la Maison des Lefèvre d'Ormesson, l'édifice devint, dès le XIXe siècle, une pension, puis une maison d'éducation tenue par les frères des écoles chrétiennes. Cette nouvelle vocation, si elle assura une continuité d'usage, ne fut pas sans conséquence. L'ajout d'un corps de bâtiment en 1881 par Alfred Coulomb, un « pastiche du style Louis XIII » – ironiquement non protégé malgré son aspiration historique – est l'exemple même de ces interventions utilitaires qui finissent par altérer l'intégrité d'un site. Sa destruction récente, entre 2010 et 2012, dans le cadre d'une restauration visant à retrouver l'aspect originel, n'a pas manqué de susciter une vive polémique, témoignant des dilemmes constants entre la mémoire des différentes strates historiques et la quête d'une prétendue authenticité. L'hôtel de Mayenne, en somme, offre une leçon de persévérance architecturale, constamment négociée entre l'ambition princière, la patine des siècles et les impératifs fonctionnels, souvent au détriment de sa pureté originelle.