7 rue des Bons-Enfants, Tours
L'enceinte de Châteauneuf à Tours, dont il ne subsiste que de modestes fragments, fut érigée au début du Xe siècle, non pas uniquement comme un simple rempart défensif, mais avant tout comme un manifeste urbain et politique. Elle incarnait l'affirmation de la Martinopole, ce bourg prospère autour du tombeau de Saint-Martin, face à l'ancienne Cité gallo-romaine. Cette dualité urbaine reflétait une rivalité certaine entre les autorités, les chanoines de Saint-Martin cherchant à asseoir leur prééminence. La chronologie de sa construction a longtemps fait débat, certains évoquant une première enceinte de bois avant l'édification en dur. Les recherches contemporaines tendent à privilégier une unique campagne, directement maçonnée, entre 903 et 918, sous l'égide de Charles III le Simple. Le terme même de Châteauneuf, loin d'être un éloge, serait une appellation moqueuse des moines de Marmoutier, soulignant par là leur propre ancienneté face à cette nouvelle entité ambitieuse. L'architecture de cette enceinte n'innovait guère, puisant son inspiration dans le modèle gallo-romain de la Cité, avec ses tours régulièrement espacées et l'intégration de briques dans les cintres d'ouverture. La courtine, d'une largeur respectable de deux mètres cinquante à trois mètres et d'une hauteur pouvant atteindre onze mètres, était bâtie en petit appareil irrégulier de silex et mortier rosé, le tout enduit. Cette finition, qualifiée d'alvéolée, révélant la pointe blanche des moellons, suggère une recherche esthétique somme toute mesurée. Le système défensif était complété par un fossé rempli d'eau, présentant un profil en V, mais qui servit aussi, hélas, de dépotoir avant d'être progressivement comblé par l'expansion urbaine. L'espace enclos, d'environ quatre hectares, se divisait en une zone canoniale au sud et un quartier laïc et commerçant au nord, le tout organisé autour de la basilique et de voies structurantes. Cette bipartition, rigoureuse en théorie, se révélait perméable dans la pratique. Les interdits, tels que l'accès des femmes à l'enclos des chanoines, se heurtaient à la réalité d'un puits commun ou d'une auberge gérée par les religieux eux-mêmes, une perméabilité somme toute prévisible, le culte de Saint-Martin et le flux des pèlerins primant sur les velléités de ségrégation spatiale. Grâce à un privilège royal, Châteauneuf frappait sa propre monnaie, le denier de Saint-Martin, qui finit par éclipser celui de la Cité pour donner naissance à la livre tournois. Banquiers, changeurs, orfèvres animaient la place au nord de la basilique, véritable cœur commercial, avec des portes de la basilique s'ouvrant directement sur ce marché, témoignage éloquent de la fusion entre le sacré et le profane à cette époque. Le déclin de l'enceinte fut progressif. Dès le XIIe siècle, des habitations s'adossaient à sa face extérieure, signant la perte de sa fonction défensive. La construction de la grande muraille de Jean le Bon, au XIVe siècle, la rendit obsolète, la reléguant au rang de carrière de pierres ou de simple appui structurel. Les quatre portes, devenues des obstacles à la circulation d'une ville en expansion, furent abattues, la dernière disparaissant au début du XIXe siècle. Des deux tours subsistantes aujourd'hui, l'une rue Baleschoux offre un aperçu modeste de l'appareil d'origine, tandis que l'autre rue Néricault-Destouches, trop remaniée, ne conserve presque rien de son caractère initial. Des fragments, noyés dans les caves privées ou les constructions modernes, rappellent une présence fantomatique. Ces vestiges, bien que modestes, continuent de susciter l'intérêt des archéologues, notamment après les destructions de 1940 qui, paradoxalement, ont offert de nouvelles opportunités d'étude avant la reconstruction impérieuse.