18, rue Hannong, Strasbourg
Au 18, rue Hannong à Strasbourg, se dresse une habitation d'un certain âge dont l'inscription au titre des monuments historiques, en 1984, interroge plus qu'elle n'éclaire sur ses mérites intrinsèques. Il ne s'agit point d'une prouesse audacieuse, mais plutôt d'un spécimen typique, si ce n'est exemplaire, d'une architecture résidentielle bourgeoise de la fin du XIXe siècle, période où la ville, sous administration impériale allemande, voyait son tissu urbain s'étendre et se densifier. L'édifice présente une façade en pierre de taille, vraisemblablement en grès rose des Vosges, matériau local dont la robustesse n'est plus à démontrer, combinée à des éléments en enduit clair. Sa composition se veut conventionnelle, une symétrie modérée encadrant des baies aux dimensions régulières, coiffées, au rez-de-chaussée, de légers linteaux moulurés qui témoignent d'une retenue ornementale caractéristique de l'époque. Les deux premiers niveaux, plus massifs, établissent une base solide, tandis que les étages supérieurs s'allègent, culminant sous une toiture à pentes modérées, percée de lucarnes discrètes. Le rythme vertical est assuré par des ressauts peu profonds et des balcons en fer forgé aux motifs floraux stylisés, qui trahissent une légère influence de l'Art nouveau, alors que le courant s'ébauchait avec une certaine timidité dans les constructions privées strasbourgeoises. Ce n'est pas une architecture qui crie son génie, mais une qui murmure son époque, avec ses compromis esthétiques et ses contraintes économiques. L'agencement intérieur, que l'on imagine selon les canons de l'époque, déploie sans doute une succession de pièces de réception en enfilade au premier étage, offrant lumière et vue sur la rue, tandis que les espaces de service et les chambres se répartissent aux niveaux supérieurs et vers la cour arrière. La disposition des cheminées, souvent révélatrice des fonctions des pièces, suggère une distribution classique des charges thermiques. La maison s'insère dans un alignement strict, son pignon contigu à des édifices similaires, participant ainsi à l'homogénéité du front bâti. Sa valeur réside peut-être moins dans une innovation formelle que dans la persistance d'une facture soignée et dans sa capacité à témoigner d'un certain art de vivre urbain, propre à une strate sociale en pleine ascension. On raconte d'ailleurs que son premier propriétaire, un notable négociant en tissus, aurait insisté pour que le seuil de sa porte soit en marbre de Carrare, une discrète démonstration de prospérité qui contrastait avec la modeste brique des édifices adjacents, un caprice qui n'avait guère échappé aux voisins. L'inscription de 1984 n'est pas la reconnaissance d'une icône, mais plutôt celle d'un fragment préservé d'un patrimoine architectural quotidien, dont la discrète élégance n'est plus à prouver pour qui sait l'observer avec une certaine perspicacité.