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Square René-Le Gall

Square René-Le Gall

Rue Corvisart rue Croulebarbe, Paris 13e

L'Envolée de l'Architecte

L'aménagement du Square René-Le Gall, jadis connu sous l'appellation plus bucolique de Jardin des Gobelins, révèle avant toute chose l'archétype même de la transformation urbaine parisienne : une superposition d'intentions et de mémoires sur un site dont la topographie même fut longtemps modelée par le cours capricieux de la Bièvre. Jean-Charles Moreux, concepteur initial entre 1936 et 1938, ne s'est pas contenté d'une simple création d'agrément ; il a orchestré, dans un style néoclassique empreint d'une rigueur parfois austère, la rédemption d'un terrain naguère insalubre, peuplé de tanneries et de guinguettes. Sa démarche consistait en une imposition délibérée de l'ordre sur ce qui fut une friche fluviale. Cette parcelle, historiquement nommée l'« île aux Singes » – une appellation dont l'étymologie oscille entre l'argot des ouvriers pour désigner les patrons et la présence fantaisiste de primates libérés par les bateleurs – fut métamorphosée. Après l'ensevelissement de la Bièvre en 1912, le site, d'abord potager, a été érigé en espace public. Moreux a su magnifier l'héritage fluvial : l'un des anciens bras de la rivière est ainsi commémoré par l'axe d'une allée plantée de charmes, une élégante substitution végétale à la sinuosité originelle du cours d'eau. La division du square en sections haute et basse, bien que dictée par le relief, est exploitée pour créer des perspectives et des ambiances distinctes, un artifice spatial d'une certaine habileté. L'ornementation, confiée au sculpteur Maurice Garnier, apporte une touche singulière, presque baroque, à cette rigueur classique. L'obélisque central, encadré de treillages, et les décors en rocaille – un assemblage méticuleux de silex, galets et coquillages figurant les saisons et des oiseaux – témoignent d'un goût pour le pittoresque maîtrisé, une fantaisie minérale insérée dans un dessin formel. C'est là une manière d'inviter une nature idéalisée, presque théâtrale, au cœur de la géométrie urbaine. Moreux, dont l'œuvre s'étendit du mobilier au musée, avait cette capacité à infuser ses créations d'une érudition classique tout en conservant une certaine légèreté d'esprit, loin des lourdeurs académiques. On lui attribue d'ailleurs des collaborations avec de grandes maisons de couture, soulignant une sensibilité aux formes et aux textures qui se retrouve dans l'exécution des détails du square. Les extensions plus récentes, survenues en 1981 et 1993, avec l'adjonction d'un jardin paysager et d'un ruisseau artificiel, marquent une rupture notable avec la vision initiale de Moreux. Elles signalent l'émergence d'une approche plus