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Hôtel Berruyer(ou Hôtel Canillac)

Hôtel Berruyer(ou Hôtel Canillac)

4 rue du Parc-Royal 55 rue de Turenne, Paris 3e

L'Envolée de l'Architecte

L'Hôtel de Canillac, connu sous une nomenclature plurielle — Berruyer, Camillac, Jassaud, Lamoignon de Courson — témoigne, par cette instabilité sémantique, de la valse ininterrompue des propriétaires qui ont façonné son histoire et, par extension, l'évolution de l'habitat parisien de prestige. Érigé au début du XVIIe siècle, en 1620, sous l'impulsion de Jacques Berruyer, conseiller du roi, sur des terrains cédés par le prieuré de Sainte-Croix de la Bretonnerie, cet édifice s'inscrit dans la genèse de l'hôtel particulier classique du Marais. Ce type d'architecture, caractérisé par son retrait du tumulte urbain derrière une façade sur rue souvent discrète, s'ouvrait traditionnellement sur une cour d'honneur, prélude à un corps de logis principal, flanqué parfois d'ailes en retour, orchestrant une dialectique subtile entre le plein et le vide, l'intime et le représentatif. Le parcours de l'hôtel à travers les âges révèle une succession de figures éminentes de l'Ancien Régime : secrétaires royaux comme Sébastien Casel, présidents de la Chambre des comptes tel André Nicolas de Jassaud, avant de devenir la demeure d'Angélique Marguerite de Jassaud, marquise de Canillac, dont le nom s'est finalement imposé. Une page particulièrement significative s'ouvre avec l'entrée de la famille de Maupeou, lorsque Thérèse de Roncherolles, marquise de Bully, épouse en 1744 René Nicolas de Maupeou, futur chancelier de France. L'hôtel, à cette époque, abritait potentiellement le célèbre homme d'État qui, par son coup d'autorité contre les parlements en 1771, tenta de réformer la justice du royaume. Un épisode politique majeur qui confère à ses murs une résonance historique certaine, bien que souvent occultée par l'anonymat relatif de l'édifice. Après la Révolution, l'hôtel change de main, passant des lignées aristocratiques aux fortunes nouvelles de la bourgeoisie entreprenante, symbolisée par René Alexandre Desclos-Lepeley, négociant, puis par les administrateurs des forges d'Imphy. Cette transition, courante pour nombre d'hôtels particuliers parisiens, souligne leur capacité d'adaptation et de survie face aux bouleversements sociaux et économiques, voyant leurs espaces de représentation et de vie privée réappropriés, parfois avec des altérations successives, par de nouveaux usages. L'absence de description architecturale détaillée dans les sources initiales nous invite à supposer une architecture de pierre, élégante mais sans exubérance, typique du XVIIe siècle parisien, probablement rehaussée ou modifiée au gré des réfections et des goûts de ses occupants successifs. Sa désignation comme monument historique en 1962 valide, de manière posthume et officielle, l'intérêt patrimonial de cette demeure. Une fantaisie littéraire, celle de Frederic Fappani von Lothringen, prête à l'hôtel de Canillac une vie souterraine et secrète en 1912, en faisant le cadre des opérations d'un agent des services secrets français logé dans ses sous-sols. Une anecdote qui, bien que relevant de la fiction, capte avec une certaine justesse l'aura de mystère et de recoins cachés que l'on prête volontiers à ces anciens hôtels particuliers, dont les strates d'histoire sont parfois aussi profondes que leurs fondations.