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Théâtre de la Gaîté-Montparnasse

Théâtre de la Gaîté-Montparnasse

24, 26 rue de la Gaîté 67 avenue du Maine, Paris 14e

L'Envolée de l'Architecte

Le Théâtre de la Gaîté-Montparnasse, sis au 26, rue de la Gaîté, se présente moins comme une œuvre architecturale unitaire que comme un palimpseste urbain, une agglomération pragmatique née de la récupération. Érigé en 1868 par un certain François Jamin, limonadier de profession, son ossature interne procède directement de la démolition du théâtre éphémère de l’Exposition universelle de 1867. Cette genèse, loin de toute prétention artistique manifeste, l’inscrit d’emblée dans une logique d’économie de moyens et de réemploi, la façade sur rue n’étant, elle, qu’une adjonction ultérieure, dénuée de lien organique avec l’édifice primitif. Il n’est pas question ici d’une conception intégrale, mais d’un assemblage, témoignant d’une forme d’ingéniosité opportuniste caractéristique de l’urbanisme haussmannien en périphérie. Initialement café-concert, le « Concert de la Gaîté-Montparnasse » n’affichait pas la solennité d’un temple des arts. Son entrée originelle, située Chaussée du Maine, et son adaptation ultérieure avec une nouvelle percée rue de la Gaîté, illustrent une perméabilité et une adaptation constante aux flux urbains et aux impératifs commerciaux plutôt qu'une affirmation spatiale figée. Le passage de l’éclairage au gaz à l’électricité en 1896 n’est qu’un écho technique de cette perpétuelle métamorphose. Les fastes des années folles, avec Colette et Maurice Chevalier, cédèrent le pas à un déclin dans les années 1930, lorsque l’engouement pour le café-concert s’émoussa. L’épisode de Georgius, qui en 1933 tenta de redorer le blason du lieu sous l’enseigne ambitieuse de « Studio d’Art Comique » avec des revues dispendieuses, pour finalement se ruiner deux ans plus tard, est une illustration parfaite des aléas et des compromis financiers inhérents au spectacle vivant. L’édifice traversa ensuite une phase de transformation plus radicale sous l’égide d’Agnès Capri, qui le transfigura en un théâtre d’avant-garde dès 1945, le rebaptisant de son nom. Cette mue constante, de la guinguette populaire au foyer de l’expérimentation scénique, révèle une absence de signature architecturale forte, mais paradoxalement, une résilience remarquable de l’enveloppe. Les rénovations successives, notamment celles initiées par Michel Fagadau après 1958, ont davantage consolidé un lieu de représentation qu’elles n’ont cherché à restaurer une intégrité formelle. L’inscription au titre des monuments historiques en 1984 ne consacre donc pas tant une splendeur structurelle originelle qu’une histoire riche et une capacité d’adaptation culturelle, faisant de ce théâtre de 399 places un témoin éloquent des évolutions du spectacle parisien, une sorte d’agrégat fonctionnel dont la valeur réside moins dans son esthétique intrinsèque que dans sa persévérance à demeurer un lieu de vie artistique, en dépit des modes et des ruptures.