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Aqueduc Médicis: regardno12

Aqueduc Médicis: regardno12

Rue du Coteau, Impasse des Garennes, Cachan

L'Envolée de l'Architecte

L'Aqueduc Médicis, mis en service en 1623, demeure un témoignage discret, mais persistant, des ambitions hydrauliques d'une monarchie soucieuse d'hygiène et, il faut le dire, de prestige. Sa genèse, sous l'égide de Marie de Médicis, se situe dans un contexte où la rive gauche de Paris, celle-là même qui accueillait les projets palatiaux de la Reine, était notoirement délaissée en matière d'approvisionnement en eau. Une ironie du sort pour un aqueduc qui, initialement, devait autant alimenter les jardins du Luxembourg que les fontaines publiques. L'ouvrage, confié d'abord à Jean Coingt puis à son gendre Jean Gobelain, représente une prouesse technique de son temps, une artère vitale presque entièrement dissimulée. Son tracé, sur plus de dix kilomètres, est majoritairement souterrain, révélant une ingénierie privilégiant l'efficacité discrète à la monumentalité ostentatoire, hormis quelques exceptions notables. La galerie, d'une simplicité fonctionnelle, se compose d'une voûte en plein cintre reposant sur des murs de meulière et caillasse, rehaussés de chaînages en pierre de taille, le tout traversé par une cunette. Une sobriété structurelle qui ne manque pas d'une certaine élégance vernaculaire. Les regards, ces édicules d'accès jalonnant le parcours, marquent les rares points d'émergence de cette infrastructure cachée. Ils sont d'une utilité avant tout technique, permettant l'oxygénation et le dépôt des impuretés, mais confèrent également une ponctuation architecturale singulière au paysage, certains ayant même été l'objet d'une attention formelle, à l'instar du regard n°25, dont l'inspiration prétendue puise aux lointaines sources du mausolée de Cyrus à Pasargades – une anecdote qui ne manque pas de piquant pour un simple point de maintenance. Le château d'eau de l'Observatoire, ou Maison du Fontainier, aujourd'hui pavillon de l'Observatoire, révèle la dualité de la fonction : loger le régisseur des eaux du roi en surface, et orchestrer en sous-sol la subtile répartition des débits, mesurés en pouces d'eau, entre la Couronne, la Ville et les communautés religieuses. Un modèle économique avant la lettre, où l'entrepreneur, par un système de concessions, s'assurait un revenu substantiel. L'unique ouvrage d'art majeur, le pont-aqueduc d'Arcueil-Cachan, œuvre de Thomas Francine et Louis Métezeau, constitue l'épine dorsale visuelle de l'ensemble. Avec ses dix-huit travées, dont neuf arcades en plein cintre, il enjambe la vallée de la Bièvre, réutilisant avec une certaine pragmatisme l'emplacement de son prédécesseur gallo-romain. Sa robustesse, malgré les assauts du temps et les sédiments de l'histoire, est indéniable, même si ses piles furent, quelques siècles plus tard, sommées de supporter les audaces de l'Aqueduc de la Vanne. Si les eaux de Rungis furent longtemps louées pour leur limpidité, l'expansion urbaine du XXe siècle, avec ses impératifs de béton et de goudron, a fini par en altérer la qualité jusqu'à la rendre impropre à la consommation. L'aqueduc, aujourd'hui alimenté par des sources annexes et non plus par ses captages originels, continue pourtant son œuvre, un vestige fonctionnel d'une époque où l'eau courante était un luxe et son acheminement une entreprise colossale.