48 rue Saint-Hilaire, Rouen
L'ancien couvent des Pénitents de Rouen, tel qu'il nous apparaît aujourd'hui, se présente comme un fragment historique, une silhouette diminuée de ce qu'il fut. De l'ensemble monastique originel, seules subsistent les élévations des ailes sud et est du cloître, ainsi qu'un escalier d'angle, des vestiges inscrits au titre des monuments historiques depuis 1984. Il s'agit là d'une constante en architecture : l'édifice résiste, se transforme, mais rarement dans son intégralité. L'histoire de cette implantation est d'ailleurs une suite de déplacements et d'adaptations. Fondé initialement à Canteleu en 1472, l'ordre des Pénitents, après avoir essuyé un premier refus d'établissement intra-muros en 1522, parvient finalement à s'ancrer dans le faubourg Bouvreuil en 1609. L'acquisition du terrain rue Saint-Hilaire en 1612 marque l'édification de ce couvent, avec la pose de la première pierre de l'église Notre-Dame-de-Lorette la même année, et l'achèvement du cloître aux environs de 1625. La célérité de la construction, si elle témoigne d'une certaine détermination, laisse parfois présager des compromis esthétiques. La Révolution, comme souvent, a été le grand réorganisateur de ces structures ecclésiastiques. L'église conventuelle, devenue paroissiale Saint-François, fut démolie, le couvent transformé en prison. Cet épisode, fréquent à l'époque, souligne la fragilité de la fonction initiale face aux impératifs politiques et sociaux. Le lieu retrouva ensuite une vocation religieuse avec les Sœurs du Bon-Pasteur puis des Saints-Anges, avant d'accueillir un lycée professionnel. Mais c'est sans doute la réhabilitation de 1989 à 1993, menée par l'architecte Massimiliano Fuksas, qui offre la lecture la plus contemporaine de cet ensemble. Fuksas, connu pour ses interventions audacieuses, a dû composer avec la sobriété classique du XVIIe siècle. La tâche consistait alors non pas en une restauration servile, mais en une interprétation, un ajout de strates sans masquer l'origine. L'agence régionale de l'environnement y trouva ensuite refuge pour quelques décennies. Aujourd'hui, le couvent, ayant traversé les siècles et les transformations de sa fonction, vendu à un promoteur privé en 2012, continue son évolution. Ses façades et son escalier, témoins d'une époque révolue, rappellent que l'architecture n'est jamais figée, mais un perpétuel échange entre permanence et mutation. Il est un livre d'histoire dont les pages se superposent, non sans une certaine ironie parfois.