34 rue Nationale, Tours
L'Hôtel de Beaune-Semblançay, niché au cœur du Vieux-Tours, offre aujourd'hui une vision singulièrement fragmentée de ce qui fut jadis une demeure d'une ambition certaine, reflet des fortunes éphémères de son principal commanditaire. Sa genèse, loin de la conception unifiée d'un seul architecte, se révèle être une succession d'annexions et d'adaptations. Attesté dès 1468 par le logis de Jean de Beaune, ce n'est qu'avec son fils, Jacques de Beaune, surintendant des finances du roi François Ier, que l'ensemble prend une véritable envergure. Entre 1506 et 1517, il ajoute son propre logis et intègre celui de Dunois, reçu en don. C'est ensuite, entre 1518 et 1525, que Jacques de Beaune orchestre la réunification de ces éléments disparates, articulant l'ensemble en un plan en U ouvert à l'est par l'adjonction de galeries. La galerie septentrionale, reliant les logis, présentait des pilastres agrémentés de losanges incrustés d'ardoise, dont l'un porte encore le millésime 1518, modeste témoin de cette période faste. Au sud, une galerie à colonnes ioniques supportait, de manière peu conventionnelle, une chapelle à l'étage supérieur, une disposition qui témoignait d'une certaine audace architecturale pour l'époque. Cette phase d'unification fut malheureusement de courte durée. En 1527, la disgrâce de Jacques de Beaune, accusé de malversations par ses rivaux et finalement pendu, entraîna la saisie et le morcellement de ses biens, l'hôtel n'échappant pas à ce sort funeste. Ironie du destin pour celui qui avait doté la ville d'une fontaine en marbre, obtenant en retour un raccordement privilégié de son hôtel aux canalisations d'eau. Les siècles suivants virent une valse de propriétaires et d'occupations : les jésuites, qui le rachetèrent pièce par pièce pour en faire leur collège, puis les oratoriens. Chaque période laissa son empreinte, parfois au prix de mutilations, comme la destruction de l'église jésuite en 1940. Mais ce fut la Seconde Guerre mondiale qui porta le coup le plus rude. L'incendie dévastateur de 1940, propagé par un vent violent et rendant toute lutte impossible en raison des infrastructures coupées, réduisit une grande partie de Tours en cendres. Ce qui fut un hôtel opulent ne devint alors qu'un champ de ruines. Les déblaiements révélèrent les vestiges actuels, sortis de l'oubli et de l'enchevêtrement des constructions ultérieures. Aujourd'hui, l'aile ouest et son escalier Renaissance ont disparu à jamais, victime des destructions. Subsistent la galerie méridionale à colonnes ioniques et sa chapelle à l'étage, ainsi que la façade sud de la galerie septentrionale, avec ses pilastres et son millésime. L'Hôtel de Beaune-Semblançay n'est plus qu'une évocation, une trace ténue de la Renaissance tourangelle, marquée par l'ambition d'un homme et la fureur de l'histoire, offrant une leçon silencieuse sur la fragilité des réalisations humaines face aux vicissitudes du temps.