Hérouville-en-Vexin
L'Église Saint-Clair d'Hérouville présente, au premier regard, une façade qui invite à la perplexité. Son enveloppe extérieure, d'une homogénéité trompeuse du XVe siècle, masque une histoire d'une complexité rare, où les âges se superposent et se confrontent. C'est là une leçon d'économie autant que d'architecture, caractéristique des édifices ruraux du Vexin. Loin d'une conception unifiée, l'intérieur révèle un chœur encore imprégné de roman, et une nef qui témoigne du gothique primitif, survivances d'une première église du début du XIIe siècle, remaniée au XIIIe. La guerre de Cent Ans laissa sa marque, le clocher ayant été détruit en 1435. Sa reconstruction, amorcée dès 1443 grâce à la générosité de Jeanne de Laval, est un cas d'étude fascinant. Plutôt que d'embrasser pleinement le style flamboyant de son temps, les maîtres d'œuvre, sans doute des artisans locaux aux moyens limités et aux inspirations éculées après une longue période de crise, choisirent de reproduire approximativement la structure romane du XIIe siècle. Ce parti-pris anachronique, si rare avant le XIXe siècle, confère au clocher une prestance singulière, malgré l'absence de flèche en pierre initialement prévue et des ornements qui, s'ils arborent des accolades, manquent singulièrement de la finesse habituelle du flamboyant. Ses baies géminées, encadrées de colonnettes aux chapiteaux laissés nus, dégagent une certaine harmonie, mais la bâtière qui le coiffe aujourd'hui trahit une esthétique plus récente et une construction inachevée. L'extérieur réserve d'autres surprises. Le portail occidental, jadis un exemple pour d'autres églises du Vexin et daté du règne de Philippe Auguste, a été refait dans les années 1940. Cette intervention, d'une aridité regrettable, lui a ôté tout intérêt archéologique, effaçant le témoignage d'une élégance passée. Plus au nord, l'ancien portail de la chapelle baptismale, bien que muré, demeure un chef-d'œuvre de l'art flamboyant dans le Vexin. Son réseau de pierre délicat, ses pinacles et les créatures fantastiques qui peuplaient son archivolte, malheureusement décapitées à la Révolution, sont autant de vestiges d'un art plus audacieux. À l'intérieur, la nef se présente avec une simplicité presque austère. Ses grandes arcades, simplement chanfreinées, retombent sur des piliers cylindriques. Certains d'entre eux, remontant au XIIe siècle, conservent des chapiteaux aux crochets sobres et élégants, tandis que d'autres, refaits au XVe, affichent des feuilles de chou recourbées, ou, plus tardivement, une nudité qui évoque le classicisme. La charpente du XVe siècle, jugée légère par les connaisseurs, est hélas masquée par un badigeon généralisé, dont l'effet sur le lambris de la fausse voûte en berceau est des plus discutables. Seul le bas-côté nord, restauré, offre une vision plus juste de l'intégration du bois. La base du clocher, ancienne croisée du transept, est sans doute la partie la plus hétérogène, un véritable millefeuille architectural. On y discerne au moins quatre campagnes de construction, de l'arcade romane vers le faux croisillon nord aux peintures murales du gothique, en passant par des chapiteaux du XVe siècle figurant des personnages en costume d'époque. Sa voûte à liernes et tiercerons, datée du milieu du XVIe siècle, est certes flamboyante, mais d'une exécution parfois sommaire, avec un trou de cloche audacieusement percé au centre. Une clé de voûte porte l'emblème des Berbisy, seigneurs d'Hérouville, avec une fantaisie qui ne respecte guère le blasonnement. Le chœur, pour sa part, a traversé les siècles avec une relative intégrité. Ses fines colonnettes, ses chapiteaux aux feuilles plates, et ses ogives à gros tore unique rappellent la période de transition romane-gothique. Une baie de style Renaissance, percée au chevet, s'insère sans heurts à l'extérieur, mais détonne de façon flagrante avec le contexte roman interne. La chapelle seigneuriale, au nord, financée et restaurée au XIXe siècle par une paroissienne dévouée, Joséphine Brochard-Artoux, arbore son monogramme sur une clé de voûte, remplaçant l'emblématique mouton des Berbisy. C'est une touche personnelle qui ancre l'histoire de ce lieu dans la générosité locale. Enfin, parmi le mobilier, la statue de Saint-Clair, évêque alors qu'il ne le fut jamais, et le groupe de l'Éducation de la Vierge, témoignent de la piété des siècles passés. La verrière du XIXe siècle, œuvre de Charles Lévêque, dépeint une vie du saint légendaire avec une liberté d'interprétation qui ne manque pas d'audace, loin des invocations habituelles pour les maladies oculaires. Deux dalles tumulaires, dont celle de Claude de Sansac, dame d'Hérouville, et du vicaire Mathias Laurens, rappellent les figures qui ont jalonné l'histoire de cette église, chacune racontant, à sa manière, les péripéties d'un édifice bien plus complexe qu'il n'y paraît.