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Amphithéâtre des Trois Gaules

Amphithéâtre des Trois Gaules

Rue des Tables-Claudiennes Rue Terme Rue Burdeau, 1er arrondissement, Lyon

L'Envolée de l'Architecte

L'amphithéâtre des Trois Gaules, juché au pied de la colline de La Croix-Rousse, près de l'antique confluence du Rhône et de la Saône, ne se révèle aujourd'hui que par ses substructions. Son érection, vers 19 après J.-C., répondait à une commande politique et religieuse singulière : celle d'un sanctuaire fédéral dédié au culte impérial de Rome et d'Auguste, destiné aux délégués des soixante nations gauloises. L'inscription lapidaire, découverte en 1957, nous éclaire sur ses mécènes, Caius Julius Rufus et son fils, aristocrates santons à la citoyenneté romaine précoce. Leur contribution, bien que présentée comme un acte de générosité, témoigne surtout d'une stratégie d'affirmation lignagère et politique astucieuse. L'édifice originel, avec son arène de dimensions respectables, similaire à celles de Nîmes ou Arles, surprenait par une volumétrie extérieure plus contenue. Ses trois murs elliptiques concentriques, liés par des traverses, supportaient probablement quatre niveaux de gradins, offrant une capacité modeste d'environ mille huit cents places. Suffisant, certes, pour les délibérations et les jeux rituels des délégations, mais loin des grands spectacles populaires. Cette frugalité initiale, dictée par la spécificité de son usage, s'est néanmoins trouvée dépassée. À une date que les archéologues peinent encore à fixer avec certitude, l'enceinte fut considérablement augmentée. L'ajout de deux galeries périphériques porta ses dimensions à des proportions plus grandioses, équivalentes aux amphithéâtres majeurs de la Gaule, et sa capacité à près de vingt mille spectateurs. De ce lieu d'abord réservé, il devint un théâtre ouvert à la population de Lugdunum, accueillant des événements tragiques, comme le martyre des chrétiens lyonnais en 177, dont sainte Blandine et saint Pothin. La datation de cet agrandissement a longtemps suscité un débat érudit. L'hypothèse d'une intervention sous Hadrien, fondée sur une inscription fragmentaire évoquant un certain Caius Julius Celsus, procurateur entre 130 et 136, a été vigoureusement discutée. Le caractère parcellaire des fragments et l'audace des reconstitutions épigraphiques invitent à une prudence salutaire, soulignant la complexité d'établir des chronologies définitives à partir de vestiges épars. L'histoire post-antique du site est celle d'une lente déchéance. Transformé en carrière, son souvenir s'est estompé pour la mémoire populaire, bien que des érudits, s'appuyant sur Suétone ou Tacite, en aient maintenu la trace. Les cartes du XVIe siècle en révélaient encore les contours sous le nom évocateur de « Corbeille de la Déserte ». Ce n'est qu'au début du XIXe siècle que les premières fouilles superficielles en révélèrent le pourtour de l'arène, avant que l'urbanisation n'en disperse une partie des vestiges. Les campagnes de fouilles méthodiques, menées à partir de 1956 par des figures telles qu'Amable Audin, ont permis de restituer les lignes principales de ce monument. Ce que nous voyons aujourd'hui, intégré au Jardin des Plantes, est une fraction préservée de ses structures porteuses, un rappel silencieux de l'ambition romaine et de la stratification historique.