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Hôtel Le Lièvre de la Grange

Hôtel Le Lièvre de la Grange

4, 6 rue de Braque, Paris 3e

L'Envolée de l'Architecte

L'Hôtel Le Lièvre de la Grange, ou plutôt cet ensemble singulier de deux hôtels jumeaux s'élevant au 4 et 6 de la rue de Braque, se présente comme un spécimen éloquent des inflexions rocailleuses du début du règne de Louis XV. Conçus entre 1731 et 1733 par Victor-Thierry Dailly, architecte dont la réputation reposait sur une compétence solide plutôt qu'une audace disruptive, et édifiés par le maître-maçon Pierre Caqué, ces bâtiments furent d'emblée une entreprise pragmatique : une commande de Marie-Madeleine Le Lièvre de la Grange, destinée à la location. Une illustration précoce de la spéculation immobilière parisienne, où le faste de la pierre servait aussi un dessein commercial. La façade sur rue offre un ordonnancement classique, tempéré par la fantaisie rocaille. Les deux portails d'accès, éléments sculptés et narratifs par excellence, sont surmontés de balcons dont les consoles ne manquent pas d'attirer l'œil. Au numéro 4, des têtes de bélier affichent une certaine vigueur pastorale, tandis qu'au numéro 6, des vieillards barbus semblent contempler le passage avec une gravité quelque peu convenue. Ces détails, signés notamment par Bourguignon et Lissy pour leurs consœurs de la cour, sont des marqueurs d'une époque où l'ornementation se voulait pittoresque, sans toujours viser une profondeur symbolique. La ferronnerie des vantaux et des balcons, également inscrite, participe à cette élégance superficielle mais raffinée, caractéristique du style. Derrière cette relative uniformité de la rue, le dispositif s'articule autour d'une cour autrefois divisée, flanquée d'ailes prolongeant les corps de logis. Cet espace, originellement conçu avec de vastes jardins, a connu l'amputation coutumière que l'urbanisation implacable infligea à nombre de ces domaines privés, altérant le dialogue originel entre le bâti et le végétal, ce précieux équilibre du plein et du vide. Les façades sur cour, bien que moins ostentatoires que celles sur rue, perpétuent la thématique décorative avec leurs mascarons et le cygne attestant du goût de l'époque. À l'intérieur, le passage d'entrée et le vestibule, notamment celui du numéro 6, conservent la mémoire d'une grandeur passée. L'escalier principal, avec sa rampe en fer forgé – un chef-d'œuvre de la serrurerie d'art du XVIIIe siècle, alliant robustesse et volutes délicates –, constitue le point d'orgue de la circulation verticale, même si les