8 quai Turenne, Nantes
L'immeuble du 8 quai Turenne, érigé au XVIIIe siècle, se présente comme une pièce caractéristique du vaste chantier qu'a été l'île Feydeau à Nantes, cet ambitieux projet urbain du siècle des Lumières. Sa genèse s'inscrit précisément dans le lotissement de 1733, où la parcelle fut acquise par Jacques Berrouette, un négociant et avocat du roi de la Monnaie, notable par sa décision d'y édifier lui-même, dès 1752, une résidence. C'est là une nuance appréciable, nombre de ces terrains ayant connu de multiples spéculations avant de voir s'élever la moindre pierre. L'édifice, qui fut un temps solidaire d'une autre construction sur la rue Kervégan, avec une cour partagée, connut une séparation formelle en 1933, témoignant des évolutions foncières au fil des siècles. Son architecture, en façade sur le quai, offre un spectacle ordonné, quoiqu'assez convenu pour l'époque. Les six travées s'y déploient avec une régularité certaine, ponctuées par des bossages simulant une colonne, marquant une division verticale par groupes de deux. Le traitement des linteaux, différencié pour les ouvertures centrales, apporte une légère gradation dans l'ornementation. L'œil attentif notera la profusion des mascarons au rez-de-chaussée et sur les deux ouvertures centrales du premier étage, figures anthropomorphes ou grotesques, détail alors en vogue. Les autres baies du premier et celles du second étage se contentent d'agrafes plus discrètes, un agencement qui tend à concentrer l'attention sur la base et le centre de la composition. Deux balcons filants, d'un fer forgé d'une certaine élégance, participent à cette animation horizontale. Celui du premier niveau, appuyé sur des consoles, s'étend sur quatre ouvertures, tandis que celui du second n'en embrasse que deux, soutenu en ses extrémités par des consoles et au centre par une trompe, une astuce constructive qui fait sa modeste originalité. Il est de bon ton de souligner la ressemblance avec son homologue du 15, allée Duguay-Trouin, comme si les architectes de l'époque, ou leurs commanditaires, avaient puisé dans un répertoire commun de solutions éprouvées. Cependant, cette parenté n'est pas absolue : là où le Duguay-Trouin s'orne d'un quatrième étage surmonté d'un fronton, le 8 quai Turenne s'en tient à une lucarne attique de deux travées. Une variation subtile, qui pourrait illustrer une contrainte de budget, une adaptation structurelle, ou simplement une coquetterie de l'architecte, cherchant à singulariser son œuvre sans en rompre la cohérence urbaine. Inscrit au titre des monuments historiques en 1984, cet immeuble incarne avec une certaine dignité l'esprit d'une époque marchande et d'une esthétique classique et rigoureuse, sans excès, qui caractérise si bien le paysage urbain nantais du XVIIIe siècle.