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Église Saint-Pierre-le-Puellier

Église Saint-Pierre-le-Puellier

7 place Plumereau, Tours

L'Envolée de l'Architecte

L'Église Saint-Pierre-le-Puellier de Tours, ou plutôt ce qu'il en subsiste, offre un cas d'étude singulier, plus par la superposition de ses strates que par la majesté de son architecture présente. C'est un édifice dont la trajectoire illustre la fragilité des constructions face aux vicissitudes historiques et aux impératifs économiques. Le site lui-même témoigne d'une occupation quasi ininterrompue depuis l'antique Caesarodunum, où s'élevèrent d'abord de probables thermes, puis des ateliers artisanaux, avant d'accueillir, peut-être dès le VIe siècle, un monastère de jeunes femmes, d'où son nom latin de Puellarum. Cette vocation monastique se précisa au fil des siècles, l'institution se plaçant dans l'orbite de la puissante abbaye de Saint-Martin, tout en développant une activité commerciale notoire, liée aux pèlerinages martiniennes, avec la fabrication de médailles. L'édifice gothique, dont la construction fut entreprise vers 1170, relevait du style angevin, alors en vogue dans l'Ouest. On peut imaginer une structure typique de l'époque, avec une nef flanquée de collatéraux, un transept, un chœur à chevet plat, et sans doute une flèche charpentée à la croisée. Ces éléments, si précis qu'ils puissent paraître à l'imagination, ne sont désormais qu'une reconstruction intellectuelle. L'agrandissement de l'édifice au début du XVe siècle, lui conférant des dimensions respectables d'environ 39 mètres sur 26, préfigurait une fin bien plus prosaïque. La Révolution française, avec sa logique implacable de sécularisation des biens ecclésiastiques, scella le sort de la collégiale. Vendue comme bien national en 1791, elle fut presque entièrement démantelée par ses acquéreurs, désireux de valoriser les matériaux ou d'exploiter le terrain. Il ne nous reste de cette histoire séculaire qu'un fragment éloquent : une partie des deux premières travées du collatéral nord, étrangement convertie en habitation. Là, des murs modernes s'appuient sur les arcades originelles, transformant l'ancien volume en un espace domestique divisé par un plancher. Subsiste néanmoins, et c'est le détail qui retient l'attention, une salle conservant sa voûte gothique de l'Ouest, témoignage résilient d'une architecture disparue. Les deux baies en plein cintre du mur septentrional, ornées d'un cordon, sont d'origine, contrastant avec les percements plus récents. Les chapiteaux, au nord-est, ont conservé leur pureté d'antan, tandis que leurs homologues du sud-est ont subi les affres des reprises et des adaptations. Adjacente, une longue salle du XVe siècle, aux trois voûtes en berceau brisé, révèle une annexe qui fut peut-être un passage vers un cloître lui aussi évanoui. Ce modeste vestige, inscrit aux monuments historiques en 1946, n'est plus qu'un témoignage discret d'une splendeur éteinte, un rappel des destins contrastés des édifices qui traversent les âges. Les pillages de 1562 par les Huguenots, qui virent la disparition des cendres de sainte Monégonde, n'avaient été qu'un prélude à une destruction plus méthodique et définitive. L'autorisation accordée par Philippe Auguste en 1199 aux religieux de Saint-Pierre-le-Puellier de pratiquer les jugements par l'eau et le feu, anecdote qui en dit long sur le pouvoir temporel des institutions ecclésiastiques médiévales, paraît aujourd'hui presque incongrue face à la modestie des ruines. Le site, après les fouilles archéologiques des années 1960, a même vu le cloître ancien transformé en jardin, illustrant une dernière réappropriation, celle du patrimoine par le loisir et la didactique. C'est donc moins un monument qu'un gisant architectural que l'on contemple ici, une superposition de fonctions et de formes à peine lisible.