Voir sur la carte interactive
Cathédrale Saint-Gatien

Cathédrale Saint-Gatien

Place de la Cathédrale, Tours

L'Envolée de l'Architecte

La Cathédrale Saint-Gatien, à Tours, se révèle d'emblée comme un ouvrage dont l'élaboration fut d'une patience remarquable, étalée sur près de quatre siècles, engendrant une synthèse stylistique peu commune. Précédée par des édifices plus anciens, victimes des flammes et des aléas politiques, sa reconstruction moderne débuta véritablement à la fin du XIIe siècle, succédant à l'incendie de 1166 qui dévasta l'église romane. Le chœur, élevé entre la fin du XIIe et le milieu du XIIIe siècle, manifeste une élégance précoce et influente, contribuant à définir un langage gothique ligérien distinct, avec ses larges baies et ses vitraux à médaillons qui constituent aujourd'hui un ensemble du XIIIe siècle d'une richesse colorée exceptionnelle. L'édification de la nef s'avéra un chantier bien plus long, s'étirant du XIVe au XVe siècle. Sous la direction successive d'architectes tels que Simon du Mans, puis Jean de Dammartin, Jean Papin et Jean Durand, l'allongement de l'édifice vers l'ouest fut une entreprise audacieuse, repoussant les limites de l'ancienne cité et intégrant les fondations des tours au-delà de l'enceinte tardo-antique, un détail qui intrigue sur la relation du monument à son tissu urbain originel. La façade occidentale, achevée au XVIe siècle, est l'apogée flamboyant du monument. Avec ses deux tours s'élançant à près de soixante-dix mètres, elle déploie une dentelle de pierre d'une exubérance vertigineuse. Si les guerres de religion l'ont malheureusement dépouillée d'une partie de son statuaire, elle demeure un témoignage éloquent de la virtuosité des sculpteurs et maîtres d'œuvre de l'époque. Les sommets des tours, ajoutés dans la première moitié du XVIe siècle par Pierre de Valence et Pierre Gadier, apportent une note Renaissance, comme une ultime pirouette stylistique à cette longue genèse. Au-delà de cette enveloppe architecturale, c'est peut-être la collection de vitraux qui captive le plus. Les verrières du déambulatoire et du chœur, avec leurs médaillons intacts du XIIIe siècle, offrent une lecture lumineuse et chromatique d'une rare intensité. Elles sont complétées par les rosaces du transept du XIVe siècle et les grandes baies de la nef du XVe, composant un véritable conservatoire de l'art du vitrail tourangeau, enrichi au fil des siècles par des apports d'églises disparues. La restauration moderne, avec l'intégration audacieuse des verrières contemporaines de Gérard Collin-Thiébaut dans le bras nord du transept, démontre une volonté de dialogue entre les époques. À l'intérieur, le tombeau des enfants de Charles VIII et Anne de Bretagne, d'un marbre de Carrare éclatant, évoque la finesse de la sculpture Renaissance. On y reconnaît l'école de Michel Colombe, mêlant le classicisme à une sensibilité toute française. L'histoire du mobilier révèle parfois des péripéties singulières, à l'instar de ces tapisseries d'Aubusson du XVIIe siècle, hélas soustraites au début du XXe siècle par un audacieux cambrioleur nommé Alexandre Jacob. Plus récemment, un grand tabernacle en ébène et ivoire, autrefois à Chambord, a retrouvé une place appropriée dans une chapelle du déambulatoire. La redécouverte de la polychromie des murs, révélant des couches successives allant du XIIe au XIXe siècle, illustre la perpétuelle transformation de l'espace intérieur. Le parti pris actuel, restituant les fonds ocres et faux-joints clairs, tente de rendre une certaine luminosité médiévale, loin des blanchiments uniformes des périodes ultérieures. Enfin, la cathédrale n'est pas muette. Ses cloches, et particulièrement le bourdon Christus, ont leur propre récit. Ce colosse de près de deux tonnes, fondu au XVIIIe siècle, fut arraché à la ferveur des Cormeriens lors de la Révolution, non sans une résistance acharnée de la population qui le précipita au sol. Recueilli finalement à Saint-Gatien en 1807, il témoigne de la force des liens entre un objet sacré et ses fidèles. Autour de cet édifice composite, le cloître de la Psalette déploie ses galeries Renaissance, un espace de quiétude jadis dédié à l'apprentissage des chants liturgiques, tandis que les vestiges gallo-romains et le château de Tours rappellent la profondeur historique de ce site, sur lequel la cathédrale trône avec une autorité certaine, mais une esthétique en perpétuelle réinvention.