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Hôtel des archevêques de Sens

Hôtel des archevêques de Sens

1 rue du Figuier, Paris 4e

L'Envolée de l'Architecte

L'Hôtel des Archevêques de Sens, édifié à la fin du XVe siècle, présente d'emblée une forme d'ambivalence architecturale, un simulacre de défense urbaine avec ses échauguettes et sa tour engagée, qui, en son temps, pouvait paraître déjà légèrement anachronique. Érigé pour le Primat des Gaules et de Germanie, alors que Paris n'était encore qu'un modeste évêché suffragant de Sens, ce pied-à-terre parisien témoigne de la nécessité pour ces hauts prélats de maintenir une présence au cœur du pouvoir royal. L'emplacement lui-même, acquis par échange sous Charles V, s'inscrit dans une dynamique d'urbanisation et de sécurisation royale post-Étienne Marcel. C'est Tristan de Salazar qui, entre 1495 et 1519, orchestre la reconstruction de cet hôtel. L'édifice, à peine achevé à sa mort, révèle une tension stylistique. Si les éléments défensifs évoquent une permanence médiévale, le porche gothique élégant et les fines arcatures ogivales de la voûte d'entrée, sans oublier les hautes fenêtres parées de blasons, annoncent déjà les prémices d'une demeure de plaisance de la Renaissance. C'est là, dans cette dialectique entre le plein et le vide, entre la fonction symboliquement protectrice et l'affirmation d'un statut par l'ornement, que réside l'intérêt de cette architecture de transition. Les siècles suivants voient défiler une série de résidents illustres. L'hôtel accueille Nostradamus en 1555, qui y aurait éprouvé une crise de goutte mémorable, transformant la chambre en un modeste conclave de prédictions. Plus tard, Marguerite de Valois y établit sa résidence éphémère. L'anecdote de ce figuier gênant, décapité pour faciliter le passage de ses carrosses, est un parfait exemple de l'imposition de la commodité à la toponymie locale, donnant son nom à la rue, un détail d'un prosaïsme rafraîchissant pour une reine déchue, dont l'épitaphe, composée par le jésuite Le Moine, se faisait déjà l'écho de sa grandeur passée et de sa déchéance. Avec l'élévation de Paris en archevêché en 1622, l'hôtel perdit progressivement sa vocation ecclésiastique. Le déclin fut lent mais inexorable, transformant la demeure des prélats en location puis en un lieu de diverses activités industrielles et commerciales : Messageries, blanchisserie, confiturerie, et même un dépôt de verrerie, qui eut l'audace de couvrir la cour d'une verrière. Cette déchéance fonctionnelle s'accompagna d'une dégradation physique, dont le boulet encastré dans la façade, datant des Trois Glorieuses de 1830, constitue un vestige matériel et un rappel brutal de l'histoire tumultueuse des lieux. Racheté par la Ville de Paris en 1911, alors dans un état de délabrement jugé « extrême », l'édifice échappe à une ruine certaine. Sa classification comme Monument Historique, bien que tardivement appliquée à son état, souligne sa valeur intrinsèque. La longue et méticuleuse campagne de restauration, s'étendant des années 1930 aux années 1950, a permis de redonner à l'hôtel son lustre initial, non sans impliquer la démolition de l'« îlot insalubre n° 16 » qui l'enclavait. Depuis 1961, il abrite la Bibliothèque Forney, un écrin pour les arts décoratifs et appliqués, une destination paradoxale pour une structure initialement conçue pour la puissance ecclésiastique, mais qui assure sa pérennité. Le lieu, aujourd'hui, s'est même vu honoré d'une mention dans l'œuvre de Nedim Gürsel, qui y imagine une bibliothèque souterraine de livres maudits, preuve que son aura demeure, entre histoire et imaginaire.