Rue du Docteur Bousquet, Clermont-Ferrand
Au nord de Clermont-Ferrand, sur les coteaux du puy de Chanturgue, se dresse l'Hôpital-sanatorium Sabourin, une œuvre dont la genèse même est emblématique des aspirations et des frictions de l'entre-deux-guerres. Édifié par Albéric Aubert, cet ensemble, dont la structure principale s'étire sur 96 mètres et quatre niveaux, constitue un témoignage singulier de l'architecture moderne en Auvergne, fortement imprégné des préceptes de Walter Gropius et de Le Corbusier. Sa conception répondait à l'urgence sanitaire de l'après-Première Guerre mondiale, où la tuberculose décimait les populations, et aux critères stricts d'implantation des sanatoriums : isolement salubre, exposition solaire optimale et protection contre les vents dominants. Le choix du puy de Chanturgue, à une altitude modeste, était donc tout sauf anodin, héritant de l'esprit novateur du Dr Charles Sabourin, pionnier des sanatoriums français. Le projet, initialement issu d'un concours jugé infructueux mais qui vit Albéric Aubert, alors architecte des Hospices civils, être finalement retenu, est remarquable par son exploitation virtuose du terrain pentu. Le bâtiment principal, surnommé « le paquebot » pour son fuselage élancé, adopte un plan en « T » où la façade sud, longue et étroite, est entièrement dédiée aux salles de cures et d’ensoleillement. L'ingéniosité structurelle est manifeste : ce que l'on perçoit comme un rez-de-chaussée est, à l'extrémité orientale, déjà le troisième niveau, permettant une distribution fonctionnelle différenciée sur de multiples strates souterraines. Cette disposition est le fruit d'une réflexion profonde sur la relation entre le bâti et son environnement. Les ambitions modernistes ne se cantonnent pas au seul bâtiment principal. La villa du médecin-chef, elle, décline avec une certaine orthodoxie les « cinq points de l'architecture moderne » corbuséens : plan et façade libres, pilotis, toit-terrasse et fenêtres en longueur. Le pavillon du personnel, avec son plan à redans, complète cet ensemble. Si la symétrie originelle fut quelque peu malmenée par l'adjonction d'une centrale thermique, cet ensemble illustre une volonté d'harmonie fonctionnelle et esthétique. Sur le plan technique, Sabourin fut un laboratoire d'innovations. L'ossature en béton armé, les planchers insonorisés par des dalles isolées au liège et au mâchefer, les éviers-vidoirs évacuant les déchets vers des poubelles hermétiques, les appareils de cuisson électriques – un luxe olfactif pour l'époque – ou encore le monte-charge à double vitesse, témoignent d'une modernité poussée à l'extrême pour le confort et l'hygiène des patients. Une centrale bactériologique autonome pour les eaux usées parachève cette vision intégrée. L'esthétique n'est pas en reste, avec l'intégration de bas-reliefs en béton pierre de Gustave Gournier, les ferronneries de Georges Bernardin, et même une fresque disparue de Louis Dussour, inscrivant l'édifice dans un dialogue avec l'art local. L'histoire du sanatorium est aussi celle de ses métamorphoses et de ses épreuves. Partiellement détruit par un bombardement en 1944, il fut reconstruit à l'identique, un exemple poignant de résilience architecturale face à la violence de l'histoire. Les années d'après-guerre virent toutefois des modifications moins glorieuses, comme l'ajout d'un conduit de fumée ou le remplacement des stores par des volets roulants, altérant la pureté de ses lignes. Avec l'évolution des traitements de la tuberculose dans les années 1960, sa fonction de sanatorium s'estompa au profit d'une spécialisation hospitalière en pneumo-allergologie, le conduisant à une obsolescence fonctionnelle dans les années 1990. La question de l'attribution complète de la paternité à Albéric Aubert est par ailleurs teintée d'une légère controverse, certains documents suggérant l'implication significative, voire prépondérante, de Valentin Vigneron, un fait qui plane tel un discret trumeau de brique rouge sur la façade nord. Heureusement, ce chef-d'œuvre, voué à la démolition, fut sauvé in extremis par son inscription aux Monuments Historiques et son label « Patrimoine du XXe siècle ». Réhabilité par l'agence Du Besset-Lyon Architectes, il accueille depuis 2015 l'École nationale supérieure d'architecture de Clermont-Ferrand, offrant à la nouvelle génération d'architectes un cadre d'étude où l'histoire du mouvement moderne se lit à chaque angle, à chaque baie. Une renaissance édifiante, qui consacre l'édifice non plus à la guérison des corps, mais à la formation des esprits.