Rond-point du Château-d'Ô, Montpellier
Le château d'Ô, cette folie montpelliéraine du milieu du dix-huitième siècle, se manifeste par une singulière retenue architecturale, presque une modestie calculée. L'édifice, né d'un domaine agricole transformé en maison des champs vers mille-sept-cent-trente, fut véritablement façonné par Jean-Emmanuel de Guignard, vicomte de Saint-Priest, acquéreur en mille-sept-cent-quarante-trois et futur intendant du roi en Languedoc. Il confia le dessin du bâtiment à Charles Gabriel Le Blanc, un architecte montpelliérain dont l'œuvre ici présente une interprétation sobre des canons classiques. La façade se distingue par une grande simplicité, animée principalement par un avant-corps central. L'étage noble, sur rez-de-jardin, déploie des ouvertures régulières, tandis que le fronton de cet avant-corps, sous un toit de tuiles creuses caractéristique de la région, est percé d'oculus, clin d'œil méditerranéen au grand répertoire. Cette simplicité n'est pas dénuée d'une certaine élégance provinciale, reflétant peut-être davantage la prudence des fortunes locales que l'éclat des grandes commandes parisiennes. On discerne une volonté d'équilibre et de proportion, sans l'exubérance ou la surcharge décorative souvent associées à l'époque. Le vicomte de Saint-Priest, loin de se contenter d'une simple demeure, nourrissait une ambition paysagère manifeste. En mille-sept-cent-soixante-deux, il commanda d'importants travaux hydrauliques à Jean Antoine Giral, un membre éminent d'une lignée d'architectes locaux. L'idée était de doter le parc de vasques, de fontaines et d'un bassin suffisamment vaste pour y organiser des fêtes nautiques, de véritables naumachies miniatures. Cette inclinaison pour l'eau et le spectacle était alors très en vogue dans les résidences d'agrément, permettant des mises en scène théâtrales et des démonstrations de la maîtrise de l'élément liquide, un luxe technique et esthétique. Les parterres de buis taillé et les pins d'Alep, vieux de deux siècles et demi, subsistent encore, ordonnançant bosquets et perspectives, témoignages d'un art paysager où la surprise et la déambulation étaient reines. Une anecdote locale, charmante bien que sujette à caution, veut que lors d'une de ces fêtes nocturnes, l'évêque de Montpellier, naviguant sur le grand bassin alors rempli, y ait perdu son anneau pastoral. L'hôte, dit-on, fit entièrement vider la pièce d'eau afin de le récupérer, un geste ostentatoire qui en dit long sur les moyens et la déférence de l'époque. Acquis en mille-neuf-cent-six par le Conseil général de l'Hérault, le domaine a depuis été restauré et transformé en un complexe culturel dynamique, accueillant un théâtre de deux-cent-trente places, un amphithéâtre de mille-huit-cent places et une salle de spectacle de six-cent places. Si la destination originelle de loisir aristocratique a mué en un lieu de diffusion artistique public, le château d'Ô demeure une illustration intéressante de ces résidences de plaisance qui ponctuaient la campagne montpelliéraine, classé monument historique depuis le seize août mille-neuf-cent-vingt-deux pour ses façades, son parc et ses ouvrages d'art. Il incarne une certaine idée de l'élégance du dix-huitième siècle provincial, entre aspirations classiques et réalités locales.